Les Richard de La Forie

Fleur de géranium poussant sur le vieux murs moussu situé entre Les Maitz et Le Prat
Fleur de géranium « Herbe à Robert » poussant sur le vieux mur moussu situé entre Les Maitz et Le Prat

Cap à l’est dans la navigation à vue au sein des Richard des trois vallées.

Des branches cousines des Richard d’Ambert ont été propriétaires ou ont tenu des moulins à La Forie, sur le ruisseau du Batifol, et ce dès le XVIe siècle (voire avant ?) : Les Maitz et Le Prat, deux gros moulins séparés par un jardin autrefois à la française, réunis à la fin du XVIIIe siècle par des Richard.

Le moulin des Maitz
Au XVIe siècle, un certain Jean Richard (né peut-être en 1550, décédé peut-être en 1602), fils de Barthélémy Richard (décédé avant 1575) est marchand papetier aux moulins du Maitz. Il épouse vers 1575 Jacqueline Chanteloube, et sera avec elle à l’origine de la lignée des Richard d’Ambert (Antoine, André et Jacques, dont nous avons parlé précédemment).

Le moulin des Maitz et le Batifol en contrebas à La Forie.
Le moulin des Maitz et le Batifol en contrebas à La Forie.

Vers 1570, ce Jean Richard vend les moulins des Maitz à Sébastien Bonnefoy et ce vraisemblablement en raison d’un climat économique, social et religieux défavorables aux imprimeurs lyonnais, grands clients des papetiers livradois qui subissent directement la faillite de certains d’entre eux. En 1576, Sébastien Bonnefoy loue ce même moulin à un certain Jacques Richard (frère du précédent ?).*

Entre les mains de qui passe ensuite le moulin ?

Revenons à nos archives fiscales. Pas de trace des Maitz de La Forie en 1653-4. Les Richard sont présents, à Ambert, pas de Bonnefoy mentionné. Les seuls moulins de La Forie recensés sont Le Champ et La Boissonie, entre les mains de Claude Artaud (et ses héritiers) pour le premier, et de Delaire (connu pour être adjudicateur judiciaire) et de Thomazier pour le second.

En 1671-2, huit moulins sont cités, non identifiés sauf un, celui du Prat aux mains d’un Richard, mais nous en reparlerons plus loin. Si les moulins des Maitz sont relevés, impossible de savoir qui y était ou fabricant ou propriétaire.

Il faut attendre 1717 pour que les moulins des Maitz de La Forie soient clairement identifiés. Deux roues sont tenues par un certain Claude Sauvade, une autre roue est détruite. Qui est ce Claude Sauvade, est-il propriétaire ?
Un peu de généalogie maintenant : Claude Sauvade dit le Jeune (24/03/1678 Ambert – 11/04/1729 les Maitz de La Forie) est fils d’Antoine Sauvade (17/08/1652 – 01/01/1697 Vimal) et d’Élisabeth Béraud (1657 Job – 27/11/1717), papetier et propriétaire du Petit-Vimal où est né Claude (et accessoirement frère d’Antoine le Jeune Sauvade, propriétaire du moulin Richard de bas). Le 28 janvier 1704, Claude épouse Antoinette Flouvat (21/11/1687 – 04/02/1740). D’après une source secondaire Geneanet, ils auraient acheté le 29 mars 1708 aux héritiers Artaud les bâtiments et le moulin des Maitz de La Forie pour 2000 livres. S’agit-il des Artaud mentionnés en 1653-4 ?

En 1733, le relevé des cotes de tailles fait mention d’un Gabriel Sauvade, fils à feu Claude, fabricant des Maitz à La Forie. Gabriel est né le 16 février 1705 au Petit Vimal, il épouse le 16 juin 1726 Marie Anne Marreynat.

En 1772, l’État de la papeterie auvergnate précise que les quatre roues des moulins des Maitz du village de La Forie sont tenus par Alexis Sauvade, veuve Vimal. Alexis (1728 – > 1761) est la première fille de Gabriel et Marie Anne Marreynat, mariée le 18 février 1743 à Benoît Vimal, fils de Benoît Vimal et Clauda Chantemerle, et papetier à La Boissonie. L’exploitation des Maitz est confiée à un certain Claude Coerchon.
Or, dans ce même document, un autre moulin des Maitz apparaît, une « fabrique isolée de la paroisse de Job » à deux roues, tenue par les enfants de Louis Richard, tout comme le moulin du Prat, lui-même à deux roues. Nous reviendrons sur ce détail par la suite lorsque nous nous intéresserons au moulin du Prat.

Poursuivons avec les Maitz et Alexis Sauvade qui reste à la tête de ses moulins et de ses quatre roues, mais en loue trois à Jean Vimal et une autre à Anne Marie Vimal, qui ne sont autres que les enfants d’Alexis et Benoît Vimal. Anne Marie est mariée à Georges Feneyrol, son frère Jean à Marie Feneyrol, sœur de Georges. Jean et Marie partiront à Thiers où il deviendra commissaire de police.

Le moulin des Maitz a été transformé en usine au XIXe siècle, et totalement transfiguré.
Le moulin des Maitz a été transformé en usine au XIXe siècle, et totalement transfiguré.

Où sont les Richard, dans tout ça ? En 1837, les matrices du cadastre napoléonien indiquent plusieurs propriétaires aux  moulins des Maitz à savoir Sophie Richard (aussi propriétaire du Prat), Louis Molin et les Richard/Pacros.
J’ai bien sûr cherché à savoir qui étaient ces personnes, et j’ai abouti à la famille des Richard… du Prat ! Voici comment.

Reprenons le cours des archives pour le moulin du Prat.

L’état des moulins à papier livradois  de 1671-2 mentionne le moulin du Prat, à 2 roues, tenu par « la vesve Jean Richard du Prat ». Cette veuve en question est Reyne Vignole, originaire de La Chaise-Dieu, mariée en 1646 à Jean Richard, lui même fils du couple Barthélémy Richard (ca 1590 – 1651) et Anne Ducros. Quel est le lien entre cette famille et celle des Maitz ? Mystère…**

Les listes de 1717 nous signalent un fabricant au moulin du Prat à La Forie, Claude Richard, à la tête des 2 roues de la fabrique. Ce même Claude revient en 1733, avec une précision supplémentaire, « fils à feu Benoît ». Le Benoît en question est Benoît Richard (du Prat), fils de Jean Richard et Reyne Vignole.

L'entrée du moulin du Prat, le long du Batifol.
L’entrée du moulin du Prat, le long du Batifol (hors champ).

Benoît Richard épouse en 1677 une certaine Antoinette Gourbeyre (fille de Pierre Gourbeyre et Anne Chabanis de Noyras), ils ont au moins cinq enfants, dont Claude Richard (1682 – 1757), maître papetier du Prat, qui épouse en 1716 Jeanne Chantemerle (1697 – 1744).  De cette union naîtront plusieurs enfants dont Louis Richard (1720 – 1771) qui sera lié à une petite-cousine, Benoîte Molin, fille de Jean Molin (notaire) et Michelle Gourbeyre. [Notons au passage que la sœur de Jean Molin -Jeanne- épouse Anthoine Gourbeyre : Michelle et Anthoine Gourbeyre ne sont pas frères et sœurs, mais cousins éloignés car tous les deux issus de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert de Gourbeyre et Noyras, ainsi que des Richard de la branche d’Ambert.]

Louis Richard arrive aux affaires au Prat, et après son décès, ses enfants sont mentionnés comme propriétaires dans L’État de la papeterie d’Auvergne de 1772 pour deux roues. Rappelons qu’à cette date, les mêmes enfants sont aussi propriétaires du moulin des Maitz pour deux roues, les deux (Prat et Maitz) se situant hors du bourg de La Forie. Pourquoi cette distinction, est-ce un nouveau moulin construit dans cet ensemble, sachant que jusqu’à présent, le moulin du Prat n’avait que deux roues ?  En 1776, il n’est plus question que de Thomas comme propriétaire du Prat, et de quatre roues. Plus aucune division n’est opérée entre Prat et Maitz éloignés du bourg.

 

Petites comparaisons amusantes

L’État de la papeterie auvergnate de 1776 note une reprise de la production, avec la création de plusieurs moulins en Auvergne (dont Valeyre, Noirat, Ambert…). Les 4 roues du moulin du Prat font battre 24 piles et 3 cuves, les papiers fin, moyen et bulle y sont fabriqués, et le produit de cette année en argent est de 34 400 livres.

Prenons d’autres propriétaires aux beaux résultats : le moulin du Bouy des Tamisier (4 roues, 3 cuves et 23 piles), fabriquant des papiers fin, moyen et bulle, a un produit de 38 520 livres, donc supérieur au Prat pour un profil identique.

Si l’on regroupe les fabrications des Sauvade de Richard, Toulouse, et Combe Basse (soit 4 moulins, 7 roues, 4 cuves et demie et 41 piles), on obtient un produit de 39 730 livres. Moins rentables donc a priori.

Les moulins des Maitz de La Forie (4 roues, 3 cuves et 23 piles) , fabriquant encore les mêmes papiers, ont un produit inférieur, puisque de 25 800 livres.

Le plus beau chiffre est celui des Dupuy, propriétaires de la Grandrive et de Barrot (au total 10 roues, 6 cuves et 52 piles) avec 72 225 livres de produit.

Enfin, pour ce qui nous intéresse à l’origine, Pierre Gourbeyre, de Noyras, possède 4 moulins (11 roues, 62 piles, 8 cuves) qui lui rapportent 70 860 livres de produit en 1776 (moins rentable que la Grandrive et Barrot malgré un profil identique, mais le moulin de Vimal est noté comme ayant du mal à travailler depuis 6 mois).

À noter que tous ces moulins fabriquent les mêmes papiers, les plus qualitatifs, et que les moulins produisant des papiers de moindre qualité n’obtiennent pas des résultats aussi importants.

Thomas épouse le 20 décembre 1773 Madeleine Andrieux, fille de papetiers de Thiers. L’une de leurs filles, Marguerite Honorée (25/03/1800) s’unit le 26 octobre 1821 à Benoît Marie Pacros de Marsac. Une autre de leurs filles, Marguerite, se marie à Louis Vimal, fils d’André et Jeanne Richard du Champ, autant dire des cousins éloignés et multiples. Un de leurs enfants est Julie Vimal qui convole en (justes ?) noces avec Louis Molin, petit neveu de Benoîte Molin qui est l’arrière-grand-mère de Julie Vimal !

Pourquoi toutes ces précisions ? Rappelez-vous les quelques lignes plus haut sur le cadastre napoléonien, les Richard Pacros, Louis Molin et Sophie Richard. Sur la dernière, je n’ai pas trouvé d’information sérieuse dans la limite de temps et d’archives que je me suis imposée pour cet exercice.***  Est-elle une sœur ou une fille de Thomas ? En revanche, les deux premiers mentionnés pourraient fort bien être les descendants de Thomas Richard et Madeleine Andrieux dont je viens de préciser les liens au paragraphe précédent.

Le ruisseau du Batifol avec le moulin du Prat en arrière-plan.
Le ruisseau du Batifol avec le moulin du Prat en arrière-plan.

Ainsi, au début du XIXe siècle, les Richard possèdent les deux moulins du Prat et des Maitz de La Forie, apparemment réunis par Thomas Richard et dont les enfants auraient hérité. Par ailleurs, les liens forts tissés en permanence entre les Vimal du Champ et de La Boissonie, les Richard du Prat et les Richard et Sauvade des Maitz sont remarquables, tout comme la présence, ponctuelle mais récurrente à l’examen des arbres généalogiques, de noms bien connus de grandes familles papetières : Micolon, Gourbeyre, ainsi que l’exclusion d’autres familles de papetiers, même locales, marquant des préférences d’alliances. Les Richard auraient pu s’associer à des Tamizier, Dupuy, Nourrisson, Douarre, Joubert, Jarsaillon… Peut-être est-ce le cas pour des enfants plus loin dans les lignées, mais ça ne l’est pas semble-t-il pour les premiers nés et héritiers (sauf erreur de ma part et je vous encourage à me corriger).

*BOY, BOITHIAS, Moulins, papiers et papetiers d’Auvergne, éditions des Monts d’Auvergne, 2014 – p. 91.
** Mais  je suis preneuse d’éléments complémentaires !
*** Là aussi, recherche information !

2 thoughts on “Les Richard de La Forie

  1. Bonjour,
    un p’tit complément :
    Benoît RICHARD, né vers 1769, décédé avant 10/1839, mariée avec Marie Anne LOMBARD, née à la Brousse (Job) ??? en 1769, propriétaire aux Maix, village de la Forie (Job) en 10/1821 ; d’où :
    Benoît Antoine LOMBARD RICHARD (dit Benoît Antoine LOMBARD en 10/1821), né à Clermont Ferrand 27 germinal an 11 (ou 17/04/1803), propriétaire aux Maix (village de la Forie ; Job) en 10/1821 et aux Maix (Job) en 06/1822 et à la Forie (Job) en 11/1823, décédé rentier « rue Breuil » maison ARNAUD (Saint Etienne ; Loire) demeurant à Job 20/10/1839, marié à Job 29/10/1821 avec Anne FILLIAT, née à la Forie (Job) 16 nivose an 3 (ou 05/01/1795), propriétaire aux Maix (Job) en 02/1843, décédée après 07/1874 (fille de Claude FILLIAT et d’Anne DOUARRE ; fabricants de papier aux Maix, village de la Forie (Job) en 10/1821) ; d’où (au moins) deux enfants :
    Claude Benoît Richard LOMBARD, né à la Forie (Job) 06/06/1822 (par jugement du tribunal de première instance d’Ambert rendu le 06/02/1866 l’acte de naissance a été rectifié en exécution d’un décret impérial du 05/11/1864 en ce sens qu’à son nom patronymique est substitué celui de « Richard »), décédé avant 10/1906, marié à Saint Etienne (Loire) ??? 16/02/1866 ??? avec Annette FAVERJON, née à Saint Etienne (Loire) 20/02/1829, décédée avant 10/1906 (fille de Jacques FAVERJON et de Claudine LAFAY) ; d’où (au moins) quatre filles :
    Claudine RICHARD, née à Saint Etienne (Loire) 02/08/1855, décédée après 07/1933, mariée avant 1878 ??? à Montauban (Tarn et Garonne) avec Jean Jules DETEIL,
    Anne RICHARD,
    Amélie RICHARD,
    Anne Benoîte RICHARD, née à Saint Etienne (Loire) 02/05/1853, décédée
    Anne Amélie LOMBARD RICHARD, née à la Forie (Job) 21/11/1823, des Maix (Job) en 02/1843, du bourg de Valcivières en 1846, décédée propriétaire à la Forie (Job) 29/07/1847, mariée à Job 13/02/1843 avec POURREYRON Jean Baptiste, né dans le bourg de Valcivières 16/07/1810, médecin au bourg de Valcivières en 1846, docteur en médecine au chef-lieu de Valcivières en 02/1843, décédé à Valcivières 21/03/1884, fut sûrement maire de Valcivières en 1850, docteur en médecine en 06/1869 (fils de Damien Armand POURREYRON et de Jeanne Marie COERCHON)

    Sauf erreur de ma part … il y a eu abandon de nom …

    1. Je ne me suis intéressée qu’aux fabricants propriétaires ou locataires de moulins. Il est évident que les ouvriers des moulins portaient des noms identiques à ceux des propriétaires. j’ai notamment relevé un Jean Richard ouvrier gouverneur dans un des moulins de La Forie (pas de précision) en 1729.
      Etaient-ils issus des familles, parmi les nombreux enfants renoncent à leur héritage en faveur de l’héritier choisi, ou descendants d’autres branches qui n’ont jamais accédé à la tête d’un moulin ?
      Est-ce le cas pour le Benoît Richard dont vous parlez ?

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