Au fil des moulins – 3 – La famille Gourbeyre

Reprenons nos balades au fil des textes fiscaux en repartant des Gourbeyre bien connus et sans trop nous écarter des Joubert du précédent article, Claude et sa femme Gabrielle Joubert. Plusieurs membres de cette grande et prolixe famille ont été à la tête de moulins des vallées. Nous n’allons pas reprendre l’histoire du plus célèbre d’entre eux, Nouara ! Mais voici l’occasion d’en découvrir d’autres (même si le premier a déjà été largement évoqué dans un précédent article) Gourbeyre, Clouvet, Le Champ de Clure, Cleurette ou La Forie.

Repartons des origines, Georges Gourbeyre (1525 – 1586) et Clauda Faye (1530 – 1611). Le couple, de Valcivières, a au moins trois enfants, Antoine (1549 – 1629), Jean (1555 – < 1605) et Damien (1560 – < 1642).
Claude Gourbeyre (1582- 1653) est le fils d’Antoine et de Damiane Moron, hôteliers et marchands de Valcivières. Claude épouse tout d’abord sa cousine Antonia (fille de Jean), a deux enfants d’elle. En 1625, il est mentionné dans le terrier de François de Rochebaron comme propriétaire « d’un moulin sis en la baronnie et seigneurie d’Ambert au tènement du Moulin et du Verdier » à Valcivières. Il s’agit du moulin Gourbeyre, sur le Batifol. En 1627, Claude, veuf, épouse Gabrielle Joubert, fille de Jehan Joubert propriétaire du moulin de Noyras au-dessus d’Ambert. Ce couple a une descendance nombreuse de neuf enfants, dont le fils aîné Antoine est mentionné dans les actes comme marchand papetier. Il hérite du moulin de Gourbeyre et le transmet à son fils Barthélémy (1656 – 1711). En 1671-2, le moulin de Gourbeyre est doté de deux roues. Père et fils sont mentionnés dans les rôles de tailles de Valcivières de 1678 à 1684, pour une taille de 60 à 75 livres.
Les « Estat de la manufacture de papier établie aux environs de la ville d’Ambert en Auvergne » de 1717 nous en apprend plus sur les activités de cette branche des Gourbeyre dans la papeterie. Le moulin de Gourbeyre, possédant 4 roues, n’est plus en activité (vacant). En revanche, et nous retrouvons un moulin dont nous avons parlé dans le précédent article, les héritiers de Barthélémy Gourbeyre possèdent un moulin à deux roues à La Boule, à La Forie.

Toujours à La Forie, un certain Benoît Gourbeyre est propriétaire d’un moulin à deux roues, vacant, tandis que le même ou un autre Benoît fait tourner toujours à La Forie les deux roues du moulin Clouvet (document pas très clair, n’est-il que fabricant ou bien propriétaire ?) S’agit-il de Benoît, fils de Barthélémy, né en 1690 ou bien du fils de Pierre et Anne Chabanis, marié à Catherine Artaud ? Ou bien des deux ?

Le tableau des filigranes papetiers des vallées d’Ambert de 1733 nous apprend qu’à cette date le moulin de Gourbeyre est loué à Pierre Berger, fils de Jacques Berger. Dans le même temps, Claude Gourbeyre, fils de Barthélémy, est fermier du moulin de Clouvet à La Forie, prenant alors la suite de son frère. Ce même tableau des filigranes vient éclairer la situation concernant les Benoît Gourbeyre : une certaine Catherine Artaud, veuve de Benoît Gourbeyre, afferme son moulin de La Forie à Amable Vimal, fabricant au Champ de Clure . On les retrouve en 1735 dans un relevé des cotes de tailles.
En 1743, Claude Gourbeyre est redevenu papetier au moulin de Gourbeyre. Pierre Berger a en effet commencé par remplacer son père Jacques avec l’aide de sa mère Anne Pailhon à Gourbeyre (dans les rôles de tailles de Valcivières comme papetiers de Gourbeyre jusqu’en 1739), puis il est parti à La Forie où il est cité en 1743 comme fabricant d’un moulin de La Forie.Voici une description rapide des possessions de Gourbeyre : un moulin à trois roues dont une vacante, un moulin à blé, 1,6 hectare de pâturage, 3 tonnes de foin, 1200 mètres carrés de jardin potager, 2 vaches ou de quoi entretenir 2 vaches.

Estat de la manufacture de papier
 établie aux environs de la ville d’Ambert en Auvergne
Cottes d’Offices en faveurs des fabricants et ouvriers en papier de  l’élection d’Issoire 1743 – « Fabricants – n° 135 Valcivières – Claude Gourbeyre fils à feu Barthélémy pour 3 roues dont une vacante – 8# / un moulin à moudre blé – 1# / 2 septérées de pacage 1# 4 sols, 5 montres de foin – 6# / 6 coupées de jardin à ortail – 1# / tenue de 2 vaches – # 4sols / pour les biens qu’ils possèdent à La Tour Goyon non cottisés consistant en 23 montres de foin – 27# 12 sols / Et pour 2 quartonnées de terre audit lieu non cottisées – 2# 5 sols / Et autant ? paie 250# de ente à Jacques Vimal pour raison de ses biens de ?? – 15# / Total 33# 5 sols » – AD63 1C 3724.

Les Gourbeyre sont aussi propriétaires de terres (à savoir environ 1 hectare de terre à semer, et 13 tonnes de foin) dans le quartier de La Tour Goyon à Job, quartier où se situe le moulin de Clouvet, La Boule, et l’autre moulin mentionné plus haut. Il est aussi fait mention d’une rente que les Gourbeyre versent à Jacques Vimal pour ses biens. Quels biens ?

Pas de documents avant les tableaux des états de la papeterie de 1772 et 1776. À ces deux dates, le moulin de Gourbeyre appartient à un certain Jean Pourrat. Quel est son lien avec les Gourbeyre ? Rien de plus simple! En 1713, Gabrielle Constance Gourbeyre, fille de Barthélémy, épouse Claude Begon, marchand, garde-juré du lieu de Roland (où un moulin à papier est en activité…). Leur deuxième fille, Marie Anne Begon, épouse en 1741 un certain Jean Pourrat , et hérite du moulin de Gourbeyre. Ce Jean Pourrat, décédé en 1788, est celui inscrit en 1772 comme propriétaire du moulin de Gourbeyre, loué à Jean Douarre, puis comme propriétaire fabricant en 1776 dans un autre état de la papeterie d’Ambert.

Le village de Gourbeyre avec à droite l’ancienne moulinerie de soie à l’emplacement du moulin à papier des Gourbeyre.
Le village de Gourbeyre avec à droite l’ancienne moulinerie de soie à l’emplacement du moulin à papier des Gourbeyre.

Au décès de Jean Pourrat, le moulin passe aux mains de Pierre Pourrat, un de leurs fils (1758 – 1835), qui sera non seulement papetier, mais aussi député, sous-préfet et maire d’Ambert. Il épouse en 1777 Jeanne-Marguerite Mathias, de qui il aura plusieurs enfants dont Pierre Mathias Pourrat, futur député, banquier et éditeur. Nous avons déjà croisé les Pourrat père et fils dans un article sur le moulin de Gourbeyre, « Gourbeyre et Faure à Gourbeyre ». Je vous laisse le soin d’y jeter un coup d’œil pour avoir la fin de l’histoire du moulin de Gourbeyre.

Revenons au moulin de Clouvet (ou du Bouy). Les différents relevés et tableaux montrent que les moulins sont passés aux mains des Tamisier (3 puis 4 roues) en 1743, acheté de Jean Artaud et des Bailhot (2 roues) ; plus aucune mention n’est faite d’un descendant des Gourbeyre.

Damien Tamisier
Cottes d’offices en faveur des fabricants et ouvriers en papier de l’élection d’Issoire – 1743 – « Damien Tamisier acquéreur du moulin et biens fonds de Jean Arnaud (Artaud ?) au Boy pour 3 roues – 12# / un moulin à moudre blé – 1# / 6 montres de foin – 7# 4sols / 2 coupées de jardin à ortail – 8# / une maison et un jardin à ortail qui peuvent s’affermer 10# – 1# / tenue de 3 vaches 1# 16 sols / (total) 23# 8 sols » – AD63 1C3724

Nous avons évoqué un autre Goubeyre, Benoît, fils de Pierre et d’Anne Chabanis, propriétaires des moulins de Noyras, et donc descendants de Claude et Gabrielle Joubert. Nous n’allons pas revenir sur cette branche puisque nous avons déjà évoqué l’histoire du moulin de Nouara. En revanche, nous allons nous pencher ici sur ce Benoît Gourbeyre que l’on rencontre, lui ou sa femme, à la tête de plusieurs moulins des trois vallées.
En 1717, Benoît Gourbeyre est propriétaire d’un moulin à La Forie (moulin de La Forie ?) dont les deux roues sont vacantes.

2 moulins
« 2 moulins vacants à La Forie à M. Benoit Gourbeyre. » Etat de la manufacture de papier établie aux environs de la ville d’Ambert en Auvergne – 1717 – AD63 1C485

En 1733, comme nous l’avons vu, Catherine Artaud, veuve de son mari, prend la suite des affaires. En 1735, puis en 1743, elle est mentionnée avec son gendre Jacques Sauvade. Voici la description du moulin : 2 roues, un moulin à blé, 8 montres de foin (48 tonnes de foin), un jardin potager, une maison et une étable à La Pingoune (centre de Job), pouvant être louées 7 livres. Pour tout ceci, ils sont assujettis à une taille de 19 livres 16 sols.

Cottes d'offices en faveur des fabricants et ouvriers en papier de l'électioon d'Issoire - 1743 -
Cottes d’offices en faveur des fabricants et ouvriers en papier de l’élection d’Issoire – 1743 – « Catherine Artaud et Jacques Sauvade son gendre pour 2 roues – 8# / Un moulin à moudre blé – 1# / 8 montres de foin 9# 12 sols / 3 coupées de jardin à ortail – 10 sols / Une maison et étable appelés de La Pingoune qui peuvent s’affermer sept livres – 14 sols (total) 19# 16 sols. » – AD63 1C3724

Qu’en est-il de ce moulin par la suite ? Difficile, les moulins de la Forie étant rarement identifiés par leur nom. Plusieurs familles interviennent dans les années 1772 – 1776 : Les Pegheon à La Forie et à Cleurette (est-ce le même moulin ?), les Douarre aussi, un Jacques Sauvade (le gendre de Catherine Artaud et Benoît Gourbeyre?) à Montgolfier. Notons aussi que Benoît Bailhot, propriétaire fabricant à Cleurette a épousé Marie Sauvade, fille de Charlotte Gourbeyre (fille de Catherine Artaud et Benoît Gourbeyre) et de Jacques Sauvade.

Dernier Gourbeyre, Bérard Gourbeyre, qui nous fait remonter à Damien Gourbeyre, branche cousine donc de celle de Claude et Gabrielle Joubert.
En 1671-72, le moulin de Barrot et ses 4 roues à Grandrif appartenait à Jean Joseph Colombier (1662 – 1696). On suit cette famille au cours des années 1717, puis 1735. En raison d’un problème financier, les Dupuy de La Grandrive deviennent créanciers des Colombier.
De 1733 à 1776, le moulin est mis en fermage à Bérard Gourbeyre et ses fils (Joseph, Jean Joseph), les propriétaires étant les Dupuy de La Grandrive. Mais ni les Dupuy de La Grandrive ni Bérard Gourbeyre ne sont arrivés par hasard. En effet, Jean Joseph Colombier est le fils de Bernard Benoît Colombier (1647 – 1687), marchand papetier à Grandrif (Barrot ?) et de Jeanne Dupuy (1647 – 1664), sœur de Thomas Dupuy, seigneur de La Grandrive. Premier lien.
Quant à Bérard Gourbeyre (1669 – 1742), il épouse en 1711 la fille de Jean Joseph Colombier et de Jeanne Dupuy de La Grandrive. Deuxième lien. Même si le moulin change de mains et se trouve loué, il reste dans la même famille. À la fin du XVIIIe siècle, les Dupuy afferme toujours leur moulin au Gourbeyre, les Colombiers sont associés en tant que propriétaires. Petite note pour finir, Bernard Benoît Colombier a acheté en 1661 à Jeanne Richard, de la grande lignée des Richard, les moulins de La Ribbe, Châtelain et Jacquet. Qui finiront dans le patrimoine des Dupuy.

Élection d’IssoireCottes d’office de 1774 à servir (?) pour 1775 - "La fabrique du Barrot exploité par Jean Joseph GOURBEYRE, fils à feu autre Jean Joseph, appartenant à l’hoirie du sieur Colombier ou audit Dupuy de La Grandrive, à appartenant à l’hoirie du sieur Colombier ou audit Dupuy de La Grandrive Taille 21 # 12 s
Élection d’Issoire Cottes d’office de 1774 à servir (?) pour 1775 – « N° 125 Grandrif – La fabrique du Barrot exploité par Jean Joseph GOURBEYRE, fils à feu autre Jean Joseph, appartenant à l’hoirie du sieur Colombier ou audit Dupuy de La Grandrive, à 3 roues, foin, chenevière, son industrie ou communs –  Taille 21 # 12 sols » – AD63 1C3726.
Les ruines des moulins de Barrot à Grandrif (en 2016).
Les ruines des moulins de Barrot à Grandrif (en 2016).

1 commentaire sur “Au fil des moulins – 3 – La famille Gourbeyre

  1. Bonjour, ah, chic, Il est arrivé, presque en même temps que le déconfinement ! Merci pour ce beau cadeau que je vais déguster petit à petit !!!

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