Au fil des moulins -2

Partons, après avoir fait le tour des moulins, à la rencontre des différentes familles qui se croisent et s’entrecroisent au cours des siècles à la tête de ces moulins. Tour à tour propriétaires et locataires, toutes n’ont pas eu la même fortune.

La famille Joubert

Grande et vieille famille que ces Joubert, aux multiples branches. Débutons, si vous le voulez bien, à Nouara. En 1606, Benoît, Martial et Jehan Joubert achètent le moulin de Nouara (Noyras) à Antoine Minard. Benoît pourrait être Pierre, père de Jehan, quant à Martial, est-ce un frère de Benoît, un frère de Jehan ?

« {Exposer au conseil} Que le 9 mars 1606 Benoît, Jean et Martial Joubert achetèrent de sieur Antoine Minard certains moulins à papier appelés de Noyras ensemble ». Chabanis et Vaissier le 24 avril 1663. AD63 4J127.

Pierre Benoît pourrait être fils de Jean Joubert (ca 1515 Marsac) et de Marie Vernet. Marié à Gabrielle Clouvel vers 1565, il est maître papetier du moulin de Boy (ou du Bouy) à Job.
Quant à Jehan, il épouse Françoise Gaillard vers 1590 – 1600, le couple a au moins cinq enfants dont Gabrielle (qui se marie à Claude Gourbeyre), Pierre, Martial et Georges.
Georges Joubert (1625 Noyras – < 1683), marié à Clauda Crohet (1627 – 1688 La Tranchecotie Job), est papetier à Noyras. Le couple a au moins neuf enfants, dont quatre sont papetiers :  Martial (1650 Noiras – 1720), Claude (1652 – 1705), Barthélémy (1655 – 1692) et Pierre (1665).
Les différents documents relatifs aux cotes de taille des papetiers laissent apparaître quatre moulins auxquels sont attachés les membres de cette famille (hors Noyras).

En 1717 sont simplement mentionnés les « frères » Joubert pour le moulin de La Tranchecotie, c’est-à-dire Martial et Pierre, Claude et Barthélémy étant décédés. Restons sur ce moulin. Quelques années plus tard en 1729, Claude, fils de Martial, est tuteur des enfants mineurs de son oncle Pierre, dont Jean l’un desdits mineurs, qui sont signalés comme fabricants. En 1733, Jean fils de Pierre est seul fabricant, en 1736, Claude est de nouveau tuteur des enfants mineurs de Pierre, ainsi que Jean. À la fin du XVIIIe siècle, Claude et Jean toujours mentionnés mais visiblement en faillite louent le moulin à Claude Artaud.

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« Paroisse d’Ambert – 2 moulins appelés La Tranchecotie aux frères Joubert ». État de la manufacture à papier d’Auvergne. 1717 Intendance d’Auvergne. AD63 1C485.
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« M. Jean Joubert fils à feu Pierre {filigrane} Fabricant de papier du lieu de La Tranchecotie paroisse d’Ambert ». Tableau des filigranes – 1733 -AD63 1C497

Certains documents consultés décrivent les possessions des différents « taillables » sur lesquelles sont assis leurs impôts. Ainsi en 1736, Claude et Jean son cousin sont à la tête d’un moulin à deux roues, d’un verger et potager (de 4 à 6 ares), d’un pré d’environ 1,8 hectare, d’une terre à semer d’environ 1,3 hectare et d’un mauvais pacage de 2,4 hectares. Le tout pour 45 livres de taille ce qui correspond à l’impôt des autres moulins à deux roues dotés d’un peu de terres. Pas de mention d’animaux (moutons, vaches ou bœufs) alors que les possessions comprennent terre à semer et pâturage. Pas de mention non plus de location de terre à d’autres propriétaires de troupeau.

Revenons au XVIIe siècle et à nos frères papetiers. Claude, marié à Jeanne Astier, décède au tout début du XVIIIe siècle. En 1717, en 1729, en 1733, en 1735 puis en 1736, son fils et héritier Pierre né en 1690 au moulin de Châteaugay ou La Dame à Valeyre est mentionné comme fabricant. Il se marie avec Jeanne Pailhon, et Martial naît de cette union. En 1751 apparaît ce Martial dans les textes, puis en 1754 un autre Pierre (fils ou frère de Martial ?) qui ne peut pas être le père de Martial puisqu’il décède en 1753. Autre question, les Joubert étaient-ils propriétaires ? Fabricants certainement, puisque cités comme tels, mais il est stipulé sur le relevé des cotes de tailles de 1742 que Pierre Artaud est le nouveau propriétaire du moulin de Châteaugay. Mais alors, qui auraient pu être les propriétaires sinon les Joubert puisque jamais aucune autre famille n’a été mentionnée comme tel dans les documents d’imposition ?

Moulin de Châteaugay à Pierre Joubert
« 2 moulins appelés Châteaugay à Pierre Joubert ». État de la manufacture à papier d’Auvergne. 1717 Intendance d’Auvergne. AD63 1C485.
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« M. Pierre Joubert fils à feu Claude {filigrane} Fabricant de papier du lieu de Châteaugay paroisse d’Ambert ». Tableau des filigranes – 1733 -AD63 1C497

À la fin du XVIIIe siècle pourtant, exit Pierre Artaud, un Pierre Joubert est de retour comme propriétaire et fabricant au moulin de Châteaugay. S’agit-il du Pierre Joubert de 1754 ou bien d’un de ses fils prénommés Jean Pierre, nés en 1752 et 1757 ? Y a-t-il un lien familial entre les Artaud et les Joubert ? (Une Marguerite Joubert, fille de Martial et petite-fille de Georges, épouse un Jean Artaud dont elle a un fils prénommé Claude Artaud, fabricant de papier décédé après 1783…)
Nous pouvons échafauder nombre de suppositions, c’est amusant mais pas réaliste. Revenons donc aux textes qui nous fournissent la description des possessions attachées au moulin de Châteaugay. Il s’agit d’un moulin à deux roues doté de plus de 1000 mètres carrés de jardin potager, d’environ 1200 mètres carrés de terres à planter du chanvre, un pâturage de 2400 mètres carrés planté de noyers dont la vente de la production rapporte autour de 20 livres, 4 vaches (ou bien de quoi entretenir 4 vaches). En 1729, la cote de taille est de 40 livres, une somme équivalente à celle payée pour le moulin de La Tranchecotie. Dans les années 1750, Pierre et Martial Joubert ne sont cotés qu’autour de 15 ou 20 livres, ce qui laisse supposer qu’ils ne seraient taxés que sur leur production et ne seraient que locataires du moulin.

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Fabrique de Châteaugay / paroisse d’Ambert – A 1/2 lieue de la ville d’Ambert – Pierre Joubert Propriétaire / exploite lui-même. État qui présente le nombre des moulins à papier existant dans la Généralité de Riom – 1772. AD63 1C530.

Troisièmes moulins où sont présents les Joubert de la même lignée, les moulins de La Boule, Boule Haute et Boule Basse à La Forie. D’autres familles interviennent aussi, des Gourbeyre, des Artaud, des Béraud, des Tamisier, des Filiat et des Begon. En 1717, un Martial Gourbeyre est mentionné comme fabricant à La Forie. Est-ce La Boule ? Rien d’assuré. En revanche, les descendants de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert sont propriétaires du moulin de La  Boule : l’« hoirie de Barthélémy Gourbeyre », petit-fils du couple sus-mentionné.
En 1733, Claude Joubert est fabricant à La Boule, moulin possédé par des cousins éloignés puisqu’il est le petit-neveu du couple Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert. Tout reste donc une histoire de famille. Cette même année est mentionné son père Barthélémy, le frère restant de la fratrie que nous venons d’explorer, qui pouvait être fabricant à La Boule avant que ne le soit son fils. Claude et sa femme Anne Dousson habitent bien La Boule puisque leurs enfants y naissent.
Cette année 1733 est répertoriée par ailleurs le moulin de La Boule Haute, aux mains d’Antoine Béraud, marié (en 1717) à Marie Joubert. Laquelle Marie Joubert est une cousine très très éloignée de Georges Joubert et Clauda Crohet (son arrière-grand-mère Marie Crohet, est une cousine germaine de Clauda). Tout comme une de ses arrière-grand-tantes, Jeanne Richard, est la femme d’Antoine Gourbeyre, lui-même fils de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert… Et l’on retombe sur les mêmes familles et l’endogamie galopante chez les papetiers des vallées d’Ambert, comme l’indique d’ailleurs sur l’acte de mariage la dérogation en consanguinité au troisième degré ! Néanmoins, pour en revenir au couple Béraud Joubert, leur installation semble dater du père, Damien Béraud, et plusieurs de leurs enfants naissent à La Boule (Haute).

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« M. Claude Joubert fils à feu Barthélémy {filigrane} Fabricant de papier du lieu de La Boule paroisse de Job ». Tableau des filigranes -1733 – AD63 1C497

Les années passent, on ne retrouve plus directement de Joubert à La Boule, à moins qu’il ne s’agisse d’Alexandre mentionné fabricant en 1743 dans un moulin du quartier de La Tour Goyon, doté d’une roue, sans plus de précision. Si tel est le cas, Claude Joubert étant décédé en 1741 en laissant des enfants en bas âge, son cousin maître-papetier, fils de Martial, a pu prendre sa suite. Quant à la famille Béraud, elle est toujours bien présente à La Boule Haute en 1743 grâce à Antoine Béraud, fabricant de papier du quartier de La Tour Goyon dans un moulin à une roue, doté aussi d’un moulin à farine, d’un jardin potager, de 2,4 tonnes de foin, d’un pâturage d’environ 1,2 hectare, d’une culture de chanvre d’environ 600 mètres carrés et d’une vache (ou de quoi entretenir une vache).
À la fin du XVIIIe siècle, La Boule Haute et La Boule Basse sont bien distingués avec à La Boule Basse en 1772 et en 1776, Martial Joubert fabricant locataire de la veuve Begon (ou Suzanne Manie ?), et à La Haute Boule Claude Filliat locataire des enfants de Guillaume Chelles, puis Anne Tamisier comme propriétaire et fabricante. Anne Tamisier est la veuve de Guillaume Chelles (fils de Benoît Chelles et Gilberte Filliat, famille de papetier, peut-être un lien de parenté avec Claude Filliat ?) et la fille de Damien Tamisier propriétaire du moulin du Boy depuis environ 1743 (d’après les rôles de taille). Chacun des moulins est décrit avec deux roues, sans plus de précision.

Dernier moulin des relevés de cotes où un Joubert est mentionné, le Moulin neuf à La Forie, construit par la famille Vimal pour y mettre une pile hollandaise, doté d’une roue (BOY BOITHIAS). En 1733 le moulin est tenu par un Alexandre Joubert, en fait Alexandre-André et d’Elisabeth Rimbaud, fils de Martial,  puis en 1772 et 1776  par Damien Joubert, indiqué comme propriétaire fabricant. Damien (1727 – 1806), est le fils d’Alexandre. Ils sont les fils et petit-fils de Georges et Clauda Crohet, les aïeux de cette branche de Joubert.

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« M. Alexandre Joubert fils à feu Martial {filigrane} fabricant de papier du Moulin Neuf à La Forie paroisse de Job ». Tableau des filigranes – 1733 – AD63 1C497.
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« Le Moulin Neuf village de La Forie paroisse de Job / à une demie lieue de Job et à 1/2 lieue d’Ambert / Damien Joubert propriétaire – Exploite lui-même. » – État qui présente le nombre des moulins à papier existant dans la Généralité de Riom – 1772 – AD63 1C530.
Façade du Moulin Neuf à La Forie près La Boissonie. Photo Françoise Bruno.

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