Les charpentiers amoulageurs à l’oeuvre

Mais que s’est-il donc passé au moulin de Nouara ce week-end de mi-novembre ? Bruits de tronçonneuse et autres machines, des coups… Rassurez-vous, rien de sordide là-dedans, « juste » les charpentiers amoulageurs venus reprendre la restauration du moulin à farine.

L'emplacement du moulin à farine, vide, en cours de nettoyage et de préparation d'accueil du beffroi : mise au bon niveau de la fosse, scellement de pierre de soutien.
L’emplacement du moulin à farine, vide, en cours de nettoyage et de préparation d’accueil du beffroi : mise au bon niveau de la fosse, scellement de pierres de soutien.

Un gros chantier puisque tout en dehors des meules a été jeté. Le beffroi était mangé aux champignons, le plancher entourant les meules aussi, les meubles (archures) des meules étaient trop attaqués par les vrillettes pour être sauvés.
Benoît Lauriou et son associé Franck Milliner sont revenus pour reconstruire ce qu’ils avaient démonté voilà de nombreux mois (cf. « Autopsie d’un moulin » sur ce blog). Avec le même matériel : palans, chaînes, sangles, barre à mine, pied de biche et huile de coudes. Ainsi qu’un solide bon sens et pas mal d’idées de débrouille.

Les cotes de l’ancien beffroi avaient été prises au préalable, le bois (du chêne) du nouveau beffroi commandé dans une scierie locale ; les poutres et autres poteaux ont été livrés à la fin de l’été et stockés à Nouara en attendant qu’on vienne les mettre en place.
Le jour J, le travail commence par supprimer le platelage installé par les maçons sur la zone réservée dans la dalle de la salle de réception « meunerie ». Un ouvrage solidement construit, difficile à ôter ! À l’étage du dessous, reprise de la fosse pour qu’elle retrouve la profondeur nécessaire au bon fonctionnement du rouet, puis un peu de maçonnerie ensuite : l’ancien beffroi tenait sur des blocs plus ou moins de bric et de broc, les amoulageurs ont à cœur que le nouveau soit solidement basé. De beaux blocs de pierre sont sélectionnés et scellés bien à l’horizontale. Pendant ce temps-là aussi, préparation (mise à la taille et chanfreinage des arrêtes, percement des mortaises qui accueilleront les tenons des poteaux) des deux grosses poutres du beffroi soutenant les meules : 6 mètres par 35 centimètres par 20, deux énormes masses à soulever, à la force des bras ! Le nettoyage des murs a permis de retrouver l’emplacement des poutres originelles, en partie rebouché lors des dernières réparations.

Les grandes poutres du beffroi, une fois coupées et chanfreinées.
Les grandes poutres du beffroi, une fois coupées et chanfreinées.

C’est parti, avec l’aide d’amis de Clermont-Ferrand, la mise en place des poutres démarre. Pour les déplacer, l’incontournable palan et des bouts d’échafaudage : à l’ancienne, on fait rouler sur des rondins (ici métalliques). Une fois amenée au bord de la dalle, la première poutre est montée dans le vide puis lentement positionnée, dans le bon sens, pour que l’une de ses extrêmités aille s’encastrer dans le trou du mur qui lui correspond. En abaissant la poutre et en la poussant, elle rentre dans l’autre trou, dans le mur d’en face. Facile à dire, un peu plus long à réaliser et surtout bien plus physique. Bref, une fois les deux poutres en place, il s’agit de bien les caler à l’horizontale et au bon endroit pour qu’elles accueillent sans trop de réglages les poteaux qui les soutiennent. Les deux premiers sont posés le lendemain, et comme tout est au millimètre, entrés en force à coup de masse. Tout bouge, se décale, il faut y aller doucement pour que tout ne s’éffondre pas, mais une fois que le deuxième poteau a trouvé sa place, tout se recale parfaitement.

A l'aide de sangles, la première poutre (qui va au fond près du mur) est mise en appui sur la seconde avant d'être tirée grâce au palan.
A l’aide de sangles, la première poutre (qui va au fond près du mur) est mise en appui sur la seconde avant d’être tirée grâce au palan.
Tirée grâce au palan et à des bouts d'échafaudage, la poutre est au bord de la dalle.
Tirée grâce au palan et à des bouts d’échafaudage, la poutre arrive au bord de la dalle.
La poutre est en suspension dans le vide grâce au palan, l'un des artisan la force à entrer dans un trou du mur.
La poutre est en suspension dans le vide grâce au palan, l’un des artisans la force à entrer dans un trou du mur.
la poutre est insérée dans le mur, comment la faire entrer de l'autre côté ?
la poutre est insérée dans le mur, comment la faire entrer de l’autre côté ?
En tirant la poutre grâce à des sangle, en la pooussant par en-dessous, en relachant la tension du palan, les charpentiers arrivent à faire entrer la poutre dans la cavité.
En tirant la poutre grâce à des sangles, en la poussant par en-dessous, en relachant la tension du palan, les charpentiers arrivent à faire entrer la poutre dans la cavité.
Les deux poutres en place.
Les deux poutres en place.

Ne pas oublier le rouet au passage ! Cette grande roue en fonte de 2,40 mètres de diamètre qui fait le relais entre la roue et les engrenages entraînant les meules, un poids plume à manier, plus d’une tonne. Avec encore seulement un palan et des bras… L’idée est de tirer le rouet posé contre un mur à côté de la fosse grâce au palan, de faire en sorte qu’il ne bascule pas, qu’il n’aille pas s’encastrer dans les poteaux suite à un mauvais calcul de trajectoire, qu’il descende doucement dans la fosse, pivote et se pose délicatement contre le mur du fond.  Deux bras au palan, six bras à gérer et retenir le rouet, deux autres à geler littéralement sur place pour prendre des photos, il n’y en a pas de trop. Les deux derniers poteaux peuvent alors être installés sous les poutres.

Après les poutres, les poteaux. Installation du premier par une descente au palan.
Après les poutres, les poteaux. Installation du deuxième par une descente au palan.
Une fois descendu, le poteau doit être positionné à la main pour que le tenon entre dans la mortaise sous la poutre. Passage en force à l'aide de grands coups de masse sans tout décaler ou faire tomber !
Une fois descendu, le poteau doit être positionné à la main pour que le tenon entre dans la mortaise sous la poutre. Passage en force à l’aide de grands coups de masse sans tout décaler ou faire tomber !
Début des opérations "rouet". Tiré par le palan qui le soutient, il est aussi maintenant en équilibre au bord de la dalle à la force des bras.
Début des opérations « rouet ». Tiré par le palan qui le soutient, il est aussi maintenu en équilibre au bord de la dalle à la force des bras.
La descente de la dalle s'est bien déroulée, il faut guider le rouet au bord de la fosse et le positionner. Toujours "à bras".
La descente de la dalle s’est bien déroulée, il faut guider le rouet au bord de la fosse et le positionner. Toujours « à bras » !
Une fois descnedu dans la fosse, le rouet est délicatement posé contre le mur en attendant son installation finale.
Une fois dans la fosse, le rouet est délicatement posé contre le mur en attendant son installation finale.

Dernière opération, le lundi : la mise en place des meules sur les poutres. Au préalable, le beffroi est achevé avec la pose de traverses entre les poutres pour éviter qu’elles ne s’écartent. Les meules reposeront de manière stable sur ce rectangle ainsi créé. La première à être installée est la meule inférieure, statique, de la petite paire du fond. Une tonne à soulever au palan, puis à diriger en l’air au-dessus du vide sur des bastaings pas très larges et souples. Après quelques minutes et avec l’aide d’autres artisans sur place, la meule a rejoint son emplacement. La meule supérieure, qui tourne, ne va pas être posée dessus, mais calée le long du mur pour aider à expliquer au public comment fonctionne un moulin et montrer ce qui se cache dans un meuble. Quant aux deux autres, celles de la très grande paires de meules, après de gros efforts encore, elles sont maintenant sur leurs poutres, en attendant d’être reprises et entourées de leurs archures et du parquet. Mais ce sera pour une prochaine visite, et la remise en place des engrenages et de la roue…

Des traverses relient les deux poutres et évitent qu'elles ne s'écartent. Les meules restantes reposeront chacune de leur côté sur ce quadrilatère ainsi défini.
Des traverses relient les deux poutres et évitent qu’elles ne s’écartent. Les meules restantes reposeront chacune de leur côté sur ce quadrilatère ainsi défini.
La première meule est relevée, puis amenée sur les bastaings traversant la partie meunerie. Réflexions sur la marche à suivre.
La première meule est relevée, puis amenée sur les bastaings traversant la partie meunerie. Réflexions sur la marche à suivre.
Après avoir pivoté la meule suspendue par le palan, les amoulageurs la tirent pour la descendre sur les poutres.
Après avoir pivoté la meule suspendue par le palan, les amoulageurs la tirent pour la descendre sur les poutres.

moulin à farine

La meule est déposée sur les poutres. Un tube en métal permettra de la faire rouler jusqu'à son point "de chute".
La meule est déposée sur les poutres. Un tube en métal permettra de la faire rouler jusqu’à son point « de chute ».
Même posée sur un tube en métal, la masse de la meule se fait sentir et la déplacer ne peut s'effectuer qu'à l'aide de pieds de biche ou barre à mine.
Même posée sur un tube en métal, la masse de la meule se fait sentir et la déplacer ne peut s’effectuer qu’à l’aide de pieds de biche ou barre à mine.
La meule est en place, plus qu'à ôter le tube.
La meule est en place, plus qu’à ôter le tube pour qu’elle repose sur les poutres.

7 thoughts on “Les charpentiers amoulageurs à l’oeuvre

    1. Merci à tous pour vos commentaires ! Sur place aussi il y a eu du suspense, parce que même si ces messieurs ont de l’expérience, chaque restauration n’applique pas un procédé bien huilé comme un train qui roule. Sans compter que c’est un peu dangereux, pour le dire gentiment, et qu’il n’y a eu aucun bobo…

  1. Une chose n’est pas mentionnée … de l’huile … de l’huile de coude et de la jugeote !!! car il en faut de ces 2 ingrédients !!! Bravo et merci pour cette belle narration !!!

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