La nature ordinaire

Bouquet de fleurs des champs, incluant l'ortie.
Bouquet de fleurs des champs : orties, compagnons rouges, plantain lancéolé, etc.

Cette notion a émergé voilà plus d’une dizaine d’années et définit la partie commune, banale, des paysages et de ce que nous appelons nature, par opposition à une nature remarquable contenant des espèces, des milieux plus rares et à protéger. Nous sommes partie prenante de la nature ordinaire puisque nous y évoluons et nous en tirons nos ressources, nous vivons grâce à elle. En gros, la nature ordinaire est celle que nous côtoyons en ville, des herbes folles aux jardins cultivés bien plus policés, celle aussi que l’on définit comme « campagne » peuplée de petits villages, de hameaux… Celle où de nombreux échanges entre espèces se font indispensables à la vie, où l’on croise le petit rouge-gorge ou le moineau piailleur, les lézards, les mares aux grenouilles… Des espèces qui ne sont pas domestiques, mais néanmoins proches et que l’on connaît si peu. La chute de la biodiversité ne semble pas, de prime abord, impacter cette nature ordinaire ; et pourtant, si les ours blancs et les manchots impériaux subissent de plein fouet la bêtise et l’inconséquence humaines, les papillons de nos champs, nos moineaux piailleurs et certaines espèces de la flore ne se portent pas mieux.

Jeune pousse d'ortie au tout début du printemps.
Jeune pousse d’ortie au tout début du printemps.

Faire attention au vivant qui nous entoure semble être un défi, de l’humain au puceron, en passant par l’ortie. Et bien tiens, l’ortie justement, que l’on dénigre, que l’on classe au rang des mauvaises herbes (mauvaise pour qui, pour quoi ?), alors qu’en réalité elle est un puits de bienfaits, tant pour le jardin que pour les animaux ou pour nous. Bien sûr, elle est un peu revêche au premier abord, et les piquants souvenirs d’enfance sont sans doute pour beaucoup dans notre a priori. Bien sûr elle est envahissante et il est difficile de la contenir. Mais elle est assez fascinante. Et Nouara en tant que zone de friche depuis pas mal d’années est un bon terrain d’observation.

Ortie et
Ortie et Cercope. Les poils urticants sont visibles sur le revers de la feuille, comme de petites pointes blanches légèrement translucides.

La famille des Urticaceae est présente partout dans le monde ou presque (les zones froides ne sont pas leur terrain de prédilection), elle comprend 52 genres et 1 300 espèces. Le genre Urtica est celui auquel les orties appartiennent. Les espèces possèdent des poils urticants dont nous connaissons bien les effets. Ces poils sont rigides car minéralisés, ils sont creux, et lorsque nous entrons en contact avec eux ils se cassent et pénètrent notre peau. Ça n’est pas la piqûre qui fait mal, mais bien les liquides que contient chacun des poils, l’acide formique (celui des fourmis et des abeilles) et l’acide résinique (provenant de la résine de la plante). Les orties les plus courantes chez nous sont la grande ortie (urtica dioica) qui est une plante vivace (c’est-à-dire qui revient d’année en année, fleurit et se reproduit à chaque fois), et l’ortie brûlante (urtica urens) qui à l’inverse est annuelle. La première fleurit de juillet à septembre dans les haies, les fossés, les jardins, les prairies, les lieux abandonnés. Elle est dite dioïque car les fleurs mâles et les fleurs femelles sont portées par des pieds distincts. Chaque individu peut atteindre deux mètres ! La seconde en revanche est petite et ses feuilles sont aussi larges que hautes, à l’inverse de la précédente. De plus, chacun des plants porte à la fois des fleurs femelles et des fleurs mâles (monoïque), elle fleurit à partir de mars.

Mini-sauterelle près d'une feuille d'ortie.
Mini-sauterelle près d’une feuille d’ortie dont on distingue les poils urticants.
Amours acrobatiques au bord d'une feuille d'ortie. Remarquer les fleurs à droite (femelle ?).
Amours acrobatiques au bord d’une feuille d’ortie. Remarquer les fleurs à droite (femelle ?).

Les orties étaient autrefois connues pour leurs vertus, que l’on redécouvre de nos jours. La grande ortie était consommée comme les épinards, était bue en tisane, sèche ou fraîche, en cataplasme contre les douleurs, tissée… Quant à ses bienfaits pour le jardin, tout le monde a en tête les débats sur le purin d’ortie. Pour plus d’information sur tous ces sujets, voir les liens ci-dessous.

Quoi qu’il en soit, si l’ortie nous pique, l’utilisation de gants évite (presque toujours, ne pas prendre de gants fins !) ces désagréments. Un frottage vigoureux avec des feuilles de plantain attenue fortement la douleur. Et les feuilles ne sont plus urticantes une fois cuites. Enfin, et surtout, elles accueillent les œufs et les chenilles de beaux papillons de nos campagnes. Détruire les orties, c’est aussi leur nuire fortement, et en ces temps actuels de disparitions d’espèces, quelques orties dans le jardin, quelques zones de friches apporteront vie et beauté au gazon bien taillé.

 

Un mâle sur feuille d'ortie.
Une Sylvaine mâle sur feuille d’ortie.
Un Vulcain sur feuille d'ortie.
Un Vulcain sur feuille d’ortie.
Cette grande coccinelle orange ne présente pas de point sur les élytres.
Deux compléments dans la lutte contre les pucerons : l’ortie les attire, la coccinelle les mange… Dommage ici, il s’agit  de la coccinelle asiatique, invasive.
Une guêpe, la Pölyste nympha, a installé son nid sur la tige rigide d'un pied de grande ortie.
Une guêpe, le Poliste nympha, a installé son nid sur la tige rigide d’un pied de grande ortie.

 

Les fausses orties

Épiaire des bois.
Épiaire des bois.

Qui n’a jamais entendu parler de l’ortie blanche, de l’ortie jaune, de l’ortie rouge, de l’ortie puante ? Plantes communes des jardins et des bois, elles possèdent des feuilles proches de celles des orties, avec une différence de taille : elles ne piquent pas. De plus, une fois en fleurs, impossible de les confondre avec les orties. Toutes appartiennent à la vaste famille des Lamiaceae (Lamiacées), elles souvent considérées comme des mauvaises herbes au jardin. Le nom originel de la famille est Labiées, elle le tire de la forme des fleurs évoquant deux lèvres (labia en latin) : la supérieure formant un casque au-dessus des organes reproducteurs, l’inférieure formant plateforme d’atterrissage aux insectes.

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Le lamier blanc
Le lamier pourpre.
Le lamier pourpre

À cette famille appartiennent les mélisses, les menthes, les lavandes, les sauges, l’origan, le romarin, les sarriettes, les épiaires, les thyms, les brunelles, les bugles, etc., et les lamiers. Les fausses orties citées au départ sont le lamier blanc, le lamier jaune, le lamier pourpre et l’épiaire des bois. Toutes sont comestibles, donc pas de souci en cas de confusion. Et elles attirent de nombreux insectes, dont le bourdon. De belles plantes donc, à conserver et protéger au jardin !

 

 

Sources
Sur la nature ordinaire :
– http://edu.mnhn.fr/mod/page/view.php?id=1298
– https://www7.inra.fr/dpenv/pdf/natord.pdf
– https://www.cairn.info/revue-espace-geographique-2010-4-page-295.htm#
Sur l’ortie :
– https://www.florealpes.com/fiche_urticaurens.php?zoomphotod=7#visiga
– https://www.florealpes.com/fiche_ortie.php
– http://www.sauvagesdupoitou.com/82/480
– https://www.jardiner-malin.fr/fiche/ortie-utilisation.html
– https://www.plantes-botanique.org/famille_Urticaceae
– https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/corps-humain-ortie-sont-vertus-4094/
– https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-metamorphoses-papillon-1132/page/17/
– https://www.futura-sciences.com/planete/dossiers/zoologie-metamorphoses-papillon-1132/page/16/

 

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