Les filigranes de Pierre

Mes incursions temporelles dans les archives de Nouara me rendent plus proches de personnes ayant vécu au moulin et décédées voilà des siècles. Je découvre les liens qui les unissent, leurs préoccupations, les difficultés rencontrées, même si de nombreux documents sont très formels. J’approche aussi petit à petit les différents moulins que possédaient les Gourbeyre grâce aux descriptions que comportent les bails à ferme, les testaments, les contrats de mariage.

Que reste-t-il de tous ? Quelques murs, bien malades et bien transformés, que l’on ne sait pas à qui attribuer, des écritures que l’on finit par reconnaître, même celles des juristes, notaires ou greffiers. Et puis le papier, le témoignage le plus direct de ce dont parlent les hommes et de ce que furent ces moulins. Des témoins plus ou moins doux, épais, en bon ou en mauvais état, mais qui souvent portent dans leur matière les signatures de ceux qui les ont réalisés, leur « carte d’identité ».

J’ai ainsi trouvé dans les courriers envoyés par les Gourbeyre, notamment Pierre Gourbeyre-Thomey ( 1702 – 1782), son filigrane et les marques des papiers. Ces filigranes des noms et marques que l’on trouve dans les vieux documents, pas seulement ceux des Gourbeyre, permettent d’identifier le fabricant et le type de papier. Des obligations normées pour éviter la fraude, et protéger à la fois le client et le fabricant.

Je vous en propose quelques-uns. Les filigranes sont reconnaissables avec les deux cœurs enlacés, mais les marques qui les accompagnent m’ont surprise car je ne les avais pas vues auparavant.

Filigrane de Pierre Gourbeyre-Thomey : P(coeurs enlacés)GOURBEYRE Auvergne 1742
Filigrane de Pierre Gourbeyre-Thomey :
P(coeurs enlacés)GOURBEYRE
Auvergne
1742
En clair, le même filigrane. Le terme "fin" désigne l'épaisseur et la qualité du papier, la meilleure ici. Viennent ensuite moyen, bulle et trasse, cette dernière étant de piètre qualité. Un arrêt du Conseil du 28 décembre 1732 oblige les papetiers à marquer leur papier de leur filigrane comprenant l'initiale de leur prénom, leur marque, leur nom en entier puis la qualité du papier. Vient ensuite AUVERGNE et la date de fabrication.
En clair, le même filigrane. Le terme « fin » désigne l’épaisseur et la qualité du papier, la meilleure ici. Viennent ensuite moyen, bulle et trasse, cette dernière étant de piètre qualité (papier d’emballage…). Un arrêt du Conseil du 28 décembre 1732 oblige les papetiers à marquer leur papier de leur filigrane comprenant l’initiale de leur prénom, leur marque, leur nom en entier puis la qualité du papier. Vient ensuite AUVERGNE et la date de fabrication.

Elles indiquent la taille et le poids du papier, les « sortes », définis par des noms biens précis, quelque quatre-vingts dénominations plus ou moins poétiques que les papetiers reproduisent en filigrane avec un style qui leur est propre*. Nous avons donc ici les interprétations des « sortes » par Pierre Gourbeyre-Thomey. Notons qu’il s’agit à chaque fois de papier vergé.

La marque inscrite sur le papier signé de Pierre Gourbeyre. Il s’agit des « Armes de Pomponne » désignant une sorte faisant 514 mm x 383 mm.
Les "Armes de pomponne", façon Pierre Gourbeyre.
Les « Armes de pomponne », façon Pierre Gourbeyre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

P (coeurs enlacés) GOURBEYRE Moyen
P (coeurs enlacés) GOURBEYRE Moyen. On devine en-dessous (Auvergne 1742)

Filigrane

Le cornet sur écu couronné, autre sorte de papier, le cornet (grand ou petit, pour deux formats : 480 mm x 365 mm et 433 mm x 325 mm, des sortes plutôt petites.
Le cornet sur écu couronné, autre sorte de papier, le cornet (grand ou petit, pour deux formats : 480 mm x 365 mm et 433 mm x 325 mm, des sortes plutôt petites.

 

Le même filigrane, en clair. Ce filigrane est encore interprêté par Pierre Gourbeyre.
Le même filigrane, en clair. Un interprétation du modèle par Pierre Gourbeyre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Griffon, sur papier de Pierre Gourbeyre. Le griffon est un petit format, 460 mm x 352 mm.
Griffon, sur papier de Pierre Gourbeyre. Le griffon est un petit format, 460 mm x 352 mm.
Griffon, en clair.
Griffon, en clair.
Sources
Lire une étude sur l’utilisation des papiers dans les manuscrits de Condorcet, Diderot, Montesquieu…, qui aborde les filigranes (dont ceux reproduits ici) : Claire Bustarret, « Usages des supports d’écriture au XVIIIe siècle : une esquisse codicologique », Genesis [En ligne], 34 | 2012, mis en ligne le 10 avril 2014, consulté le 19 mars 2019. URL : https://journals.openedition.org/genesis/908

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