De gueules à une grue d’or

Blason de Pierre Gourbeyre Chabanis, en 1702
Blason de Pierre Gourbeyre Chabanis, en 1702. Issu de l’Armorial général de Charles-René d’Hozier.

Voilà comme il est de mise de blasonner les armoiries de Pierre Gourbeyre-Chabanis (1630 – 1700) enregistrées à l’Armorial général de Charles-René d’Hozier (1640 – 1732), composé entre 1697 et 1709*.

Nobles alors les Gourbeyre ? Et bien non, comme le montre cet armorial, nombre de marchands et bourgeois, de communauté religieuses ou de métiers possédaient à cette période un blason. Ou bien plus exactement qu’on leur en a décerné un. L’édit de 1696 promulgué par Louis XIV avait pour objectif le recensement de toutes les armoiries utilisées dans le royaume de France, que ce soit comme armoiries ou comme sceau. Plusieurs agents coordonnés par Charles-René d’Hozier, généalogiste du roi et juge d’armes de France (charge occupée par 6 membres de cette famille sur 5 générations) ont parcouru la France et enquêté sur les différentes familles et communautés du pays.

Chaque déclaration de blason entraînait la délivrance d’un diplôme sur lequel le blason était dessiné, avec la garantie qu’il ne pourrait pas être utilisé par d’autres. Chaque délivrance se faisait contre rétribution d’environ 23 livres au total, pour un particulier (la somme était plus élevée pour une communauté ou une ville) ! Tout réfractaire à l’enregistrement était passible d’une amende de 300 livres s’il utilisait son blason après la fin de l’enquête. Un bon moyen de motiver les plus récalcitrants, un bon moyen de prélever une taxe pour un Trésor royal bien maigre suite aux guerres. Même si dans la réalité existaient des litiges sur l’utilisation de certains blasons.

Au total, 120 000 blasons au moins ont été recueillis dans 35 volumes. Les communautés ou personnes n’ayant pas d’armoiries s’en sont vues attribuées, suite à enquête sur l’utilisation antérieure de sceaux ou signes de reconnaissance. Les personnes enregistrées n’appartenaient pas au « bas peuple », mais bien plutôt à la noblesse et à la bourgeoisie, personnes influentes, reconnues par leurs métiers, leurs arts ou leurs faits d’armes dans leur région. Les « notables » !

Voici donc pourquoi nous retrouvons le blason de Pierre Gourbeyre-Chabanis, enregistré aux alentours de sa mort. La grue serait symbole de vigilance, normalement représentée une patte repliée et tenant un caillou (ou vigilance : et oui, si l’oiseau s’endort, le caillou tombe !). Ici, point de caillou, point de patte repliée. Quant au fond (ou champ), bien rouge (de gueules), il symboliserait un fait de guerre (lequel, celui contre les eaux torrentielles activant les moulins à papier !?). Plus simplement, cette couleur représenterait « amour, vaillance, hardiesse et générosité ». Quant à l’or de la grue, il symboliserait richesse, force, foi, pureté, constance.

Blason de la ville de Gourbeyre, en Guadeloupe.

Si quelqu’un sait d’où proviennent ces éléments de blason, qu’il nous en fasse part. A-t-il été créé pour l’occasion ou bien désigne-t-il la famille depuis bien plus longtemps, comme pourrait le laisser suggérer le blason de la ville de Gourbeyre, en Martinique, emprunté au Contre-amiral Gourbeyre, qui est apparenté à Pierre Gourbeyre-Chabanis par un grand-oncle paternel, Damien Gourbeyre ?

Qu’en est-il des autres papetiers Ambertois, notamment les Sauvade, Richard, Micolon, Dupuy de la Grandrive, Artaud, Joubert, Vimal, Lebon, Nourrisson… ? Quelques noms apparaissent, Artaud, Micolon, Collombier aussi. Mais s’agit-il de papetiers ? Nous avons André Micolon, marchand bourgeois de la ville d’Ambert (D’or à deux cigognes de sable affrontées), Claude Micolon, marchand en la ville d’Ambert (D’azur au léopard d’argent), Jean Artaud, bourgeois de la ville d’Ambert (De gueules à trois tours d’or). Viennent ensuite deux Collombier, Josef marchand en la ville d’Ambert et Gabriel bourgeois de la ville d’Ambert  ( tous les deux : De gueules à trois colombes d’argent). Rien en revanche pour les autres noms.

Blason d André Micolon, extrait de l’Armorial général de Charles-René d’Hozier.
Blason de Jean ARTAUD, issu de l Armorial général de Charles-René dHozier.
Blason de Jean ARTAUD, issu de l’Armorial général de Charles-René d’Hozier.

 

 

 

 

 

 

Armoiries de Claude Micolon, issues de lArmorial général de Charles-René dHozier.
Armoiries de Claude Micolon, issues de l’Armorial général de Charles-René d’Hozier.

 

Armoiries de Joseph et Gabriel Collombier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 1737, le 25 janvier, Jean-Joseph DUPUY (1692 – 1747) accède à la noblesse en achetant une charge de « conseiller secrétaire du roi, maison et couronne de France » auprès du Parlement de Pau. Ses armoiries seront « D’azur au lion de sable issant d’un puits d’argent maçonné de sable, accompagné au canton dextre d’un avant-bras aussi d’argent. » Pas très clair. Son fils Thomas-Marie Dupuy de la Frédière remplacera le bras par une étoile d’argent.

Blason des Dupuy de La Grandrive anoblis en 1737.
Blason des Dupuy de La Grandrive anoblis en 1737.

 

* Titre exact : Recherches de noblesse, armoriaux, preuves, histoires généalogiques. Armorial général de France, dressé en vertu de l’édit de 1696, II Auvergne. (1697 – 1709)

6 thoughts on “De gueules à une grue d’or

  1. Comme d’habitude, vos articles sont excellents, ils me transportent à Nouara, dans l’histoire de notre famille.
    Je ne connaissais pas ce beau blason de notre ancêtre Pierre Chabanis (sosa 1998). Merci pour votre recherche qui me donne envie de m’intéresser un peu plus à l’héraldique.
    Les papetiers utilisaient un filigrane, je me demande s’il pouvait être en lien avec leur éventuel blason.

  2. Article très intéressant , comme toujours.
    La signification du blason de la ville de Gourbeyre en Guadeloupe est donnée sur le site http://www.ladograve.com/histoires/villes-blasons-histoires-et-patrimoine-2
     » Le Triangle rouge symbolise le caractère montagneux de la commune.
    La grue rappelle l’échassier qui figure dur le blason du contre-amiral Gourbeyre et les branches, les rameaux d’olivier des armoiries de sa belle-famille.
    La couronne crénelée fait référence au passé militaire de la commune. »
    Bon, cela ne répond pas à la question de l’origine du blason initial de la famille. Henri POURRAT dans « l’herbe des trois vallées » évoque le blason des GOURBEYRE ainsi: « cette grue, l’oiseau de Numidie, témoignerait-elle d’une origine orientale? les héraldistes le savent ».

  3. * attention, il ne faut pas confondre héraldisme et filigrane ; lors d’une émission à la télévision sur la généalogie, Florence ARTHAUD avait été invitée, et, le présentateur confondait les filigranes et les blasons …
    * je ne sais pas si le blason était décerné à une seule personne ou à la personne et sa descendance (sûrement avec primogéniture mâle)
    * pour les frères Montgolfier, et, leur anoblissement, le roi aurait anobli le père ainsi les enfants devaient automatiquement nobles …

    j’attends avec impatience d’autres réponses !!!

    1. Bonjour et merci à tous pour vos commentaires et réactions. Si un héraldiste pouvait nous éclairer sur l’origine de cette grue, ce serait formidable, mais je n’en connais pas. Peut-être au cours de nos recherches respectives pourrons-nous tomber sur une explication, auquel cas nous ne manquerons pas d’en informer la communauté, n’est-ce pas ? Pour ce qui est des filigranes, j’ai consulté des courriers des Gourbeyre, mais tardifs hélas. Pas de grue mais des cœurs… Donc ça ne viendrait pas de là, où alors bien plus tôt. Parfois des liens peuvent se trouver entre filigranes et blasons, comme ce puits chez les Dupuy de la Grandrive. Mais c’est un élément si évident, pas comme la grue…

  4. Voici, modestement, ce que j’ai trouvé…

    « Essai symbolique
    Une GRUE :
    • d’azur tenant sa vigilance symboliserait prudence et vigilance.
    • tenant sa vigilance sur champ de gueules symboliserait une expérience dans la guerre.
    • échiquetée symboliserait la noblesse de magistrature purement civile.

    d’après le Manuel héraldique ou Clef de l’art du blason » (Avertissement)
    par L. Foulques-Delanos, Limoges, oct. 1816 »

    Bon courage à toutes et tous pour la solution à cette clef!

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