Vieilles dentelles

Voilà maintenant presque trois ans, lors du déménagement du moulin, nous avons eu la chance de tomber sur quelques vieux vêtements non entièrement mangés par les mites, ni détruits par les enfants puisqu’ils servaient de déguisements. Ces honorables pièces, datant vraisemblablement du début du XXe siècle, étaient un bonnet, une pochette et un corsage, tous comportant de larges parties en dentelles. Leurs origines sont inconnues, trouvées au moulin, données à la colonie par des gens d’ici, rapportées de Normandie par quelque colon, ou bien chinées par l’abbé Duval ou un colon ?

Ne connaissant rien à tout ce qui est dentelle, broderie ou crochet, mais consciente de la beauté de ces objets, je fis donc appel à des expertes en ces arts.

Voilà quels en furent les résultats.

Le bonnet en dentelle.
Le bonnet en dentelle.

Le bonnet possède un fond en dentelle aux fuseaux composée de plusieurs entre-deux assemblés. Le tour du visage est constitué de trois niveaux, plus un petit, de tuyautés de fin tissu, bordés d’une fine bande de dentelle, mécanique cette fois. L’ensemble est assemblé et cousu à la main. D’où ce bonnet peut-il provenir ? D’Auvergne pourquoi pas d’Arlanc, puisque la dentelle au fuseau est bien locale ?

Détail de la dentelle.
Détail de la dentelle.
Le tour de tête.
Le tour du visage et les différents tuyautés.

La pochette (22 cm x 22 cm) est en fine batiste ornée de dentelle, qui pourrait être de Luxueil ou d’Arlanc. La technique, d’après ce que j’ai compris, est la suivante : sur un modèle en papier sont dessinées des arabesques, sur lesquelles on vient surfiler un lacet de dentelle (ici mécanique). Puis la dentellière comble les espaces par différents points exécutés à l’aiguille. Les pièces ainsi créées sont ensuite débâties du modèle puis soit utilisées en napperon, soit montées sur des vêtements ou du tissu comme ici, au point de feston. Deux lacets mécaniques sont utilisés ici, s’entrecroisant. Les coutures permettant de tenir le dessin en place sont invisibles, ou à peine visibles. Pourquoi ai-je précisé de Luxueil ou d’Arlanc ? Parce que cette technique qui est utilisée dans la dentelle de Luxueil en Franche-Comté, se rencontre sur une pièce visible au musée d’Arlanc, antérieure à l’invention de la dentelle de Luxueil, et qu’elle était depuis réalisée dans la région d’Arlanc.

Vue d'ensemble.
Vue d’ensemble.
Détail d'un angle. On distingue les boucles formées par le galon de dentelle.
Détail d’un angle. On distingue les boucles formées par le galon de dentelle.
Remplissage de la pointe.
Remplissage de la pointe.
Remplissage des boucles arrondies.
Remplissage des boucles arrondies.
Broderie à l'intérieur des boucles allongées.
Broderie à l’intérieur des boucles allongées.
Remplissage entre les boucles près du tissu.
Remplissage entre les boucles près du tissu.
Les deux lacets de dentelles entremêlés.
Les deux lacets de dentelles entremêlés.

Reste le corsage, admirable m’a-t-on dit car entièrement confectionné à la main, dentelles, broderies et crochets. De petite taille, il appartenait sans doute à une fillette. Ou bien la dame était très menue. Il est en batiste de lin sur laquelle ont été incrustés divers motifs.

Le devant du corsage, vue générale.
Le devant du corsage, vue générale.

Le devant est composé de plusieurs parties. L’encolure est constituée de bandes en dentelle de Valencienne faite main (fuseaux) se prolongeant et pouvant se nouer. Alternent ensuite une bande de tissu brodée de pois au point de bourdon, puis une autre bande de dentelle de Valencienne et enfin une pièce avec des motifs végétalisés brodés au point de bourdon sur la batiste.

Détail de lempiècement
Détail de l’empiècement
Détail du col, le galon en dentelle de Valencienne.
Détail du col, le galon en dentelle de Valencienne.

L’empiècement suit, en dentelle au point d’Irlande (crochet fin) incrustée de médaillons brodés encore au point de bourdon.

Détail de l'empiècement, la dentelle au point d'Irlande incrustée de broderies sur batiste.
Détail de l’empiècement, la dentelle au point d’Irlande incrustée de broderies sur batiste.
Détail plus fin de l'empiècement du devant.
Détail plus fin de l’empiècement du devant.

Sous l’empiècement est brodé sur batiste, au point de bourdon encore, un motif végétalisé, se poursuivant par un semis de pois, jusqu’à la taille. De part de d’autre se répartissent six bandes de dentelle de Valencienne, toujours faites main, séparées de bandes de tissu finement plissée horizontalement (plissé-lingerie).

La broderie au point de bourdon sous l'empiècement.
La broderie au point de bourdon sous l’empiècement.

Deux bandes de batiste finement plissées verticalement sous l’empiècement complètent le devant.

Les bandes de dentelle de Valencienne alternant avec le plissé-lingerie.
Les bandes de dentelle de Valencienne alternant avec le plissé-lingerie.

Sur le dos (en deux parties en raison du boutonnage) se retrouvent l’encolure, plus simplement décorée, et l’empiècement au point d’Irlande. Le reste est plus simple aussi, constitué de deux larges morceaux de batiste plissés verticalement sous l’empiècement, et de deux bandes de dentelle de Valencienne alternant avec une bande de fin plissé horizontal (plissé-lingerie). Sous la taille s’évasent deux bandes de batiste taillées dans le biais, reliées entre elles au devant par un panneau droit reprenant la largeur de la décoration centrale.

Dos du corsage, l'encolure, l'empiècement plus simple, le boutonnage.
Dos du corsage, l’encolure, l’empiècement plus simple, le boutonnage.

Les coutures de côtés et des emmanchures ressemblent à des ourlets à jours rebrodés.

Détail de la couture d'une emmanchure.
Détail de la couture d’une emmanchure.

Les manches enfin présentent au bas une large bande de dentelle au point d’Irlande, à laquelle est cousue une bande de plissé-lingerie bordé d’une fine bande de dentelle de Valencienne. Le corps de la manche est en batiste sur lequel vient s’incruster un plissé-lingerie bordé de dentelle de Valencienne.

Détail du bout de la manche.
Détail du bout de la manche.

D’où ce corsage peut-il provenir ? Impossible à dire. Mais il témoigne, comme le bonnet et la pochette d’un beau savoir-faire en matière de dentelle, broderie et couture que nous aurons à cœur de conserver et mettre en valeur.

Je tiens à remercier Madame Odette Arpin de l’Hôtel de la dentelle de Brioude, pour son aide efficace et rapide. Grâce à elle, cet article a pu voir le jour. Pour en savoir plus sur la dentelle de Brioude (et d’ailleurs) : https://www.hoteldeladentelle.com, et sur place à Brioude : 
Hôtel de la dentelle
29, rue du 4 septembre

43100 Brioude
Tél. : 04 71 74 80 02

 

1 commentaire sur “Vieilles dentelles

  1. les bonnets pouvaient avoir un tuyautage ; une de mes tantes maternelles (âgée de 93 hivers !) m’a dit qu’il y avait une femme rue de la République, à Ambert, il y a, peut-être, quatre vingts ans et plus qui tuyautait les bonnets ; cette tante avait suivi sa grand-mère paternelle qui avait déposé son bonnet pour ce travail ; cette dame avait « sa boutique » vers, actuellement, le magasin de décoration et le photographe !

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