Et moi, je date de quand ?

Petit jeu aujourd’hui, revenons à la façade si particulière du « vieux moulin », bâtiment emblématique de Nouara. Son charme, elle le doit à sa fragilité, son côté bâtiment en perdition. Mais pas seulement. Sa déstructuration, son irrégularité, sont ce qui la rend si attachante.

Nouara, nous l’avons vu au cours des articles passés, n’a pas été que moulin à papier et son occupation quasi continuelle lui a évité de disparaître. En contrepartie, le moulin a été transformé.

Essayons donc, en partant d’images actuelles et en se basant sur d’anciennes, de définir ce qui est ancien, plus ou moins, et ce qui ne l’est pas.

Avril 2016
Avril 2016

Nous pouvons de prime abord supprimer toute la partie Est à partir du perron, car nous savons qu’elle a été construite par la colonie l’Arche entre 1963 et 1965.

Prenons la façade morceau par morceau, de droite à gauche.

En 1958, la façade.
En 1958, la façade.

En 1958, il saute aux yeux que le perron est différent. L’ordonnancement des fenêtres est en revanche peu ou prou identique, exception faite de la porte de la deuxième cave qui n’était pas créée (elle le sera dans les années 1970). Cette partie est la seule qui présente un caractère de régularité, sans doute la moins modifiée depuis la construction du bâtiment. Une vue de 1967 montre qu’il est probable qu’une quatrième fenêtre s’ajoutait à l’alignement des baies d’origine : la maison du maître papetier et les pièces attenantes où travaillaient et logeaient les femmes travaillant les chiffons, décrites par Claude Dravaine ?

Vue de 1967. Entourés en noir les 4 fenêtres peut-être d’origine, en rouge une porte ajoutée plus tard.

En revanche, la porte ici mise en évidence par un rejointoiement et sa réouverture, est postérieure. Elle indique par ailleurs la nécessaire présence d’un escalier pour permettre aux utilisateurs d’y accéder. Claude Dravaine, encore, le mentionne dans son ouvrage et indique que la porte permettait aux enfants du village d’assister à une classe d’école que tenait l’une de ses grand-tantes au XIXe siècle (cf. l’article « L’école au moulin »). Le plan cadastral de 1837 montre un léger décrochement qui pourrait être cet escalier.

L'ancienne porte de l'école...
L’ancienne porte de l’école…

 

 

 

 

 

 

Ce qui laisse entendre que la large porte cintrée, unique dans les moulins à papier des vallées d’Ambert, est assez récente… Un dessin de 1927 nous la montre, elle existait donc à cette période. Mais depuis quand, mystère.

Une photo de 1952 nous la présente en partie bouchée et close par une large porte en bois.

la partie gauche du vieux moulin.
la partie gauche du vieux moulin.

La partie de gauche est celle qui a connu le plus de bouleversements. La même photo de 1952 permet de remarquer  que la porte était bouchée, et une proximité étrange de quartre fenêtres au-dessus de la porte cintrée (dont une bouchée). Lesquelles sont les plus anciennes ?

En-dessous le schéma est bien différent aussi : il n’existait à l’époque que deux baies (on en distingue une derrière la pointe du toit de l’appentis) et un soupirail au-dessous. La porte et la fenêtre qui la jouxte ont été ouvertes au cours des années cinquante, comme l’atteste ce détail de photo (ci-dessous) :

Les baies fraîchement ouvertes dans les années 1950.
Les baies fraîchement ouvertes dans les années 1950.
Percement de la porte de la cave dans les années 1970.
Percement de la porte de la cave dans les années 1970.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les destinations des pièces auxquelles correspondaient les fenêtres ont hélas disparu, et sans doute avaient-elles aussi évolué au fil des années et des changements de pratiques professionnelles et d’habitudes d’habitation. Dommage aussi que l’on ne puisse pas dater précisément les évolutions.

Le charme de la façade n’est donc pas intemporel, gravé dans la pierre depuis sa construction. Il est le témoin des utilisations passées, de l’adaptation des différents utilisateurs et habitants à leurs besoins. Eux ne se posaient pas la question de savoir s’ils devaient garder ou non la trace des anciens, et ce jusqu’à il y a peu.
A l’inverse, pour ce qui est de cette façade, nous allons la garder en l’état et adapter les pièces aux ouvertures. Quitte à avoir une salle très éclairée dans un coin avec quatre baies côte à côte. Tant qu’il ne s’agit pas d’une chambre !

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