Antoine Blateyron, piqueur de meules

Parmi les métiers originaux rencontrés dans les hameaux autour de Valeyre et Nouara, il en est un qui asticote l’imagination : le piqueur de meules. Quel est donc cet oiseau rare, dont l’autre nom est « rhabilleur de moulin » ? Dans quoi travaillait-il, l’habillement, le fromage ? Et bien non, dans les moulins à farine…

Meule courante de la seconde paire de meules. L'archure est ici ouverte.
Meule courante (du dessus, et qui tourne) d’une des paires de meules du moulin de Nouara. Cette meule est composite en silex meunier, provenant peut-être de la Ferté-sous-Jouarre, plus gros site de production de meules de France. Les différentes parties sont scellées entre elles par du plâtre, serties à chaud par un cercle en métal, et recouvertes de plâtre que l’on voit ici.
Meule vue du dessus, on distingue les différentes parties qui la composent, l'ensemble étant tenu par un cerclage à chaud. Tout est de nos jour disloqué.
Partie coupante de la meule, on distingue les différentes parties qui la composent, l’ensemble étant tenu par un cerclage à chaud. Tout est de nos jours disloqué -meule de Nouara.

Un piqueur de meule, ou un rhabilleur, est un artisan qui aiguise et entretient les meules en silex d’un moulin à grains. Il taille des rainures, des stries dans le silex pour guider les grains, puis la mouture vers l’extérieur, aussi pour que la farine obtienne sa texture inimitable. Mais pour en savoir plus sur ce métier, comme j’en ai déjà parlé dans ce blog, allez donc jeter un œil sur l’article « Le moulin à farine ».

Pour en revenir à notre rhabilleur ou piqueur, Antoine Blateyron, puisque c’est lui, est né à Billom le 28 juin 1863, d’Antoine Blateyron et Antoinette Boucheyras. Antoine va à l’école où il apprend à lire, à écrire et à compter. Pas plus. En 1883, il habite toujours Billom et il est meunier de son état. C’est un petit homme (1m58), chataing, aux yeux marrons, au visage ovale, au menton rond et au nez pointu. Son front ? Rien de particulier, sa bouche non plus. La seule chose qui pourrait le distinguer est son goitre, qui fait qu’il est réformé en 1886. Les archives militaires sont passionnantes pour ces petits détails qui donnent tout de suite chair à un personnage fantôme.

En 1889, nous retrouvons Antoine Blateyron à Ambert, le jour de son mariage avec Françoise Pourrat. Elle est née le 19 avril 1860 à Job de Côme Pourrat (mort en 1868) et Damiane Frétisse (décédée le 26 février 1884), elle est ouvrière en lacets à Job. Antoine est lui meunier et habite au Petit-Vimal. Ses parents sont toujours en vie, mais vivent dorénavant à Neschers où le père est charron.

En 1891, le couple est recensé à Valeyre de Bas. Lui est meunier, elle son épouse… Nous les perdons quelques années, puis nous les retrouvons en 1901, puis en 1911 à Valeyre de Haut. Antoine n’est plus meunier mais tout d’abord rhabilleur de moulins en 1901, et piqueur de meules en 1911. Ce qui signifie la même chose.

Un des morceaux constituant la meule.
Un des carreaux de silex de la meule. On distingue des stries, ainsi que le cerclage en fer.
Trace des stries pratiquées sur la meule pour rendre la pierre plus agressive.
Les stries pratiquées par le piqueur de meules avec des instruments spécifiques .

Plusieurs moulins à grains sont implantés dans les parages : à Nouara, au Petit-Vimal, à Valeyre de Haut et  Valeyre de Bas, aux Perriers, à La Vernadelle, à la Ribbe Haute. Autant de lieux où Antoine Blateyron pouvait travailler comme meunier. L’explosion démographique de la première moitié du XIXe siècle a entraîné la construction de nouveaux moulins à farine, souvent petits, dans les campagnes d’Ambert. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, une contraction s’opère, avec la disparition d’un certain nombre d’entre eux, ou leur chômage partiel. A l’orée du XXe siècle, peu fonctionnent encore, si bien qu’une reconversion des meuniers peut s’envisager. Le moulin de Nouara n’est plus en fonctionnement en 1900 et les meuniers ne sont plus mentionnés dans le recensement, en revanche celui du Petit-Vimal fonctionne, avec un meunier (Missonnier de 1891 à 1901, puis Voldoire de 1906 à 1911 au moins). Antoine Blateyron préfère donc se lancer dans un métier plus rare qui lui permettra d’être indépendant et d’avoir de la clientèle sans doute plus assurée.

Pour en savoir plus sur le métier de piqueur de meules, pratiqué aussi bien en France qu’ailleurs, au travers de témoignages et de données techniques :
Gilles Boileau, « Les piqueurs de meules », dans Moulins du Québec Volume 2, numéro 2, janvier 1997, Les Éditions Histoire Québec and La Fédération Histoire : https://www.erudit.org/fr/revues/hq/1997-v2-n2-hq1212438/11092ac.pdf
Le rhabillage des meuleshttp://www.moulinsdefrance.org/old/rhabillage.html
Archéologie expérimentale techniques ancienneshttp://aeta-archeologie.com/rhabillage.html

4 thoughts on “Antoine Blateyron, piqueur de meules

  1. merci pour ce bel article … inattendu, et , avec un métier inconnu … mais, il est vrai que tout s’use et qu’il faut aiguiser les meules qui ne peuvent plus faire « leur métier » … bravo !!!

  2. superbe article, comme d’habitude.
    J’ai retrouvé, au moulin de la Passerelle à Grandrif, un nombre incroyable de têtes de marteaux à rhabiller : c’est tout un art que j’ai vu pratiquer par des meuniers, aussi bien sur des meules monoblocs fort anciennes que sur celles de la Ferté-sous-Jouarre dont la fabrication a démarré en 1830, et dont la composition permettait un rhabillage moins fréquent.
    On dit que les piqueurs étaient ambulants, et que chacun avait sa technique de rhabillage : j’en ai vu en démonstration se disputer en se moquant les uns des autres du fait qu’ils ne tracent pas les sillons de la même manière.

    1. Merci Christine.
      Pour les outils, nous n’avons pas eu la chance d’en trouver à Nouara, au cas où un rhabilleur tête en l’air l’aurait oublié !! Sans doute ton meunier savait-il aussi rhabiller les meules pour en avoir retrouvé autant. Et à l’avenir, les sillons des meules de Nouara seront différents de ce qu’ils sont maintenant.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *