Les Marcheval, une famille de formaires

Une forme vue du dessus. Retrouvée à Nouara, y a-t-elle été utilisée ? Taille : 54x39 cm extérieur, 52x38 cm intérieur du cadre.
Une forme vue du dessus. Retrouvée à Nouara, y a-t-elle été utilisée ? Taille : 54×39 cm extérieur, 52×38 cm intérieur du cadre. Cette forme est équipée d’une toile vergée.

Après avoir ausculté les villages et les métiers de leurs habitants, petits focus sur certaines activités en particulier. Pour commencer, pas de chamboule-tout, parlons papier avec les formaires, ou fabricants de formes, artisans indispensables aux fabricants de papier à la main.

Première précision, qu’est-ce qu’une forme ? Tout simplement l’outil qui permet au papetier de fabriquer le papier, une sorte de tamis que « l’ouvreur » (ouvrier qui travaille à la cuve de pâte à papier) plonge dans la pâte pour en recueillir les fibres mélangées qui deviendront la feuille de papier une fois égouttée et sèche.

Du type de forme dépend le toucher du papier. La forme principale utilisée pendant des siècles jusqu’à la fin du XIXe siècle est la vergée, donnant le papier vergé. Plus récente, la forme vélin, donnant le papier vélin.
Une forme est constituée d’un cadre en bois léger, par dessus lequel vient s’emboîter un autre cadre fin, « la couverte », qui donne la taille de la feuille.
Sur le cadre de la forme sont fixées dans la largeur des baguettes taillées en lame (« pontuseaux »), tenues par le centre par une tige métallique (« le fuseau »).

Arrière de la forme. On distingue bien les pontuseaux sur lequel repose la toile, traversés par le fuseau.
Arrière de la forme. On distingue bien les pontuseaux sur lequel repose la toile, traversés par le fuseau.
Angle de la forme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Angle de la forme sur lequel on distingue la toile des vergeures fixées par le lices, baguette en laiton cloutée.
Angle de la forme sur lequel on distingue la toile des vergeures fixées par la lice (ou letous), baguette en laiton cloutée.

Par dessus repose la « toile » métallique qui sert de tamis à la pâte à papier. Dans le cas d’une toile vergée, il s’agit de fils en laiton disposés plus ou moins serrés parallèlement au long côté de la forme, les « vergeures », tenus de chaque côté par une baguette en laiton cloutée (lices ou « letous » -laiton en patois). Ces fils métalliques sont littéralement cousus avec un fil fin de laiton, cuivre ou bronze, formant chaînette, et appelé tout simplement « chaînette », sur les « pontuseaux ».

En gros plan, le pontuseau (baguette en bois), sur lequel ont été cousues avec du fil de laiton les vergeures et la chaînette qui tient les vergeures.
En gros plan, le pontuseau (baguette en bois), sur lequel ont été cousues avec du fil de laiton les vergeures et la chaînette qui tient les vergeures.
La toile faite de fils de laiton, les vergeures, et les chaînette qui les tient ensemble.
La toile faite de fils de laiton, les vergeures, et une des chaînettes qui les tiennent ensemble.

Le papier qui résulte de l’utilisation de ce type de forme possède un léger relief dû aux vergeures et aux chaînettes qui apparaissent en clair par transparence.
Quant au vélin, apparu à la fin du XVIIIe siècle, il est fabriqué avec une forme dont la toile n’est pas cousue fil à fil par le formaire, mais avec une toile métallique tissée, plus fine que la toile vergée, que le formaire applique sur le cadre. Le papier est lisse.

Filigrane d’une grande famille de papetiers, parmi les plus anciennement installés, les Richard. Ici le filigrane de Claude Richard fils, reconnaissable à l’étoile et au croissant, qui fabriquait du papier au moulin Duprat à Job.
Papier vergé avec filigrane des Richard. Le filigrane est un fil de laiton cousu sur la toile. Pour des informations sur les Richard, cf. l’article « Les moulins à papier d’Ambert ».

De tradition, un formaire suffit pour fabriquer et réparer les formes des moulins d’une vallée. Surtout à la fin du papier à la main, où certains moulins s’équipent à partir des années 1870 d’une machine à papier (moulin de Valeyre, les Faure à Nouara, à la Combe-Basse après 1882). Pour les vallées de Gourre et de Lagat, la famille Marcheval occupe une position centrale à Valeyre de Bas.

Le premier de la lignée, rencontré grâce aux listes de recensement consultables en ligne (je n’utilise pas ici d’autres archives), est Jacques Marcheval recensé à Valeyre de Bas en 1841 en tant que formaire. Dans ses recherches que Claude Péra partage avec générosité, il apparaît que le père de Jacques Marcheval n’est pas formaire, mais charpentier de moulin à papier. Joseph et Jean Marcheval, fils de Jacques, deviennent formaires à leur tour. Seul un des fils de Jacques, Jean, apprendra le métier, mais il sera aussi boulanger en 1886 et 1891, aubergiste en 1896. Il n’est mentionné comme formaire qu’en 1901, et devient papetier en 1906 (alors que, dans les informations fournies par Claude Péra, il est  formaire à papier sur son acte de décès en novembre 1906, soit quelques mois après le recensement).

Marque ou numéro apposé sur le cadre de la forme.
Marque ou numéro apposé sur le cadre de la forme.

Les données du recensement, accessibles en ligne sur le site des Archives départementales, ne donnent pas d’information quant à d’éventuels autres fabricants de formes dans la famille. Nous sommes dans le même temps, je le disais à l’instant, à la fin de la papeterie à la main, la matière première, le chiffon, se faisant par ailleurs de plus en plus rare. Au tout début du XXe siècle ne subsistent plus que neuf papeteries sur le ruisseau de Valeyre, certaines fabriquant le papier grâce à une machine, et les papetiers étant le plus souvent aussi agriculteurs à la belle saison. Quant au papier pour imprimer ou écrire, voilà longtemps qu’il a laissé la place au papier-filtre, au papier d’emballage, au papier « brouillard » ou soie joseph destiné aux pharmaciens, ou encore au papier buvard teinté à la fuschine comme à Nouara (qui cesse son activité au tournant du siècle). Les formaires d’autres vallées ont-ils suffit ? De nos jours, ce métier a quasiment disparu en Europe.

A la cuve, l'ouvreur de dos trempant une forme dans la pâte à papier. A sa gauche, le coucheur, qui récupère les formes, les égoutte et dépose les feuilles de papier humide sur les feutres posés devant lui. On aperçoit au centre, sous la fenêtre, une forme en train de s'égoutter.
A la cuve, l’ouvreur de dos trempant une forme dans la pâte à papier. A sa gauche, le coucheur, qui récupère les formes, les égoutte et dépose les feuilles de papier humide sur les feutres posés devant lui. On aperçoit au centre, sous la fenêtre, une forme en train de s’égoutter.

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