Une histoire de métiers

Au-dessus du Petit-Vimal.
Au-dessus du Petit-Vimal.

Penchons-nous pendant quelques articles sur les métiers pratiqués dans les différents villages et hameaux que sont Nouara, le Petit-Vimal, La Terrasse, le moulin de Valeyre et Valeyre (de haut et de bas). Comment ? En consultant une fois de plus les fiches du recensement établies entre 1836 et 1911.
Première remarque à faire, les relevés ne sont pas équivalents que ce soit dans les éléments retenus (métier mentionné clairement ou pas pour chacune des personnes) ou dans la clarté des abréviations utilisées. Ainsi, certaines années il est aisé de comprendre que la famille participe, ou non, à l’activité du chef de famille car il mentionné « id » (= idem, reprenant la mention précédente), « SP » (sans profession), « participe à la production », ou bien un métier directement. Plus souvent, les liens de parentés sont explicitent, mais pas le métier. Dans le doute, je n’ai pas associé les personnes au chef de famille. Ce qui fait que certaines années, plus de 50 % de la population d’un hameau est active alors que d’autres années, faute de plus de précision, le taux d’activité reconnue est bien inférieur.

Soixante-cinq métiers ont été identifiés sur les quelque soixante-dix années, auxquels s’ajoutent « propriétaire », « rentier », « ménagère », « indigent » et « sans profession » ou « vivant du métier de leurs parents » pour les enfants.

Je vais dans un premier temps vous présenter les métiers des différents hameaux et ce qu’il est facile d’en déduire de leurs caractéristiques, puis dans des articles suivants, je reviendrai sur des métiers plus spécifiques et originaux.

Le hameau de Nouara vu du ruisseau.
Le hameau de Nouara vu du ruisseau.
La cour de la fabrique de Nouara.
La cour de la fabrique de Nouara.

Commençons par le haut, le hameau de Nouara, que nous connaissons un peu plus intimement. La population du hameau s’élève au plus à 38 personnes en 1856 et tombe à 3 en 1911.
Les principaux métiers rencontrés à Nouara tournent autour du papier, rien d’étonnant à cela, avec sur la période allant de 1836 à 1901, 10 fabricants de papier, 56 papetiers, 1 ouvrier papetier, 1 employé à la fabrication, et un nombre de domestiques (hommes) important liés clairement à la fabrication du papier. Les fabricants de papier se rencontrent sur la période 1841 à 1856, alors que les papetiers « s’étalent » sur toute la période. Y a-t-il une distinction à un certain moment entre chef de fabrique et ouvrier ? On peut le supposer puisque sont nommés fabricants de papier Joseph Faure à la tête de la fabrique du milieu, Claude Begonin, à la tête de celle d’En-haut, puis Maurice Serindat pour la papeterie d’En-Bas. Les autres sont les enfants, les frères, ou ouvriers.
La deuxième activité occupant quelques personnes est celle de meunier, entre 1881 et 1896, avec les Omerin puis les Tixier.
L’année 1901 marque l’arrivée d’une nouvelle profession, celle de fabricant de lacets dans l’ancienne papeterie Faure, une annexe de l’usine Mourgue. Nous l’avons déjà vu. La papeterie se prolonge tant bien que mal dans le moulin d’En-haut pour très peu de temps encore. Quant aux meuniers et papetiers Faure, ils sont devenus cultivateurs et vivent de leur lopin de terre.
Que dire des femmes ? Elles sont domestiques, servantes, gouvernante, parfois ménagères (3 mentionnées en tout entre 1886 et 1891) et sont alors la femme d’un chef de famille. Aucune en revanche n’est mentionnée comme dentelière, fileuse…, des métiers courants à certaines périodes que l’on retrouvera ailleurs.
Seules originalités comme métier : un typographe, fils Faure de passage en 1901, et un cantonnier, un gendre de la même famille. Nouara est caractéristique d’un lieu né d’un métier qui, même s’il accueille plusieurs familles, ne fonctionnera jamais en village avec des métiers divers faisant oeuvre de services auprès de la population.

Le Petit-Vimal.
Le Petit-Vimal.

Passons au complexe hameau de Vimal, Petit-Vimal, La Terrasse, qui change de noms et de localisations au fur et à mesure des années. L’habitat est ici composé de plusieurs entités indépendantes, ayant appartenu dès l’origine à plusieurs familles (ce qui n’est pas le cas de Nouara). Auront-elles su développer une vie communautaire complexe ?
Vimal n’est distingué qu’en 1841 et 1846, composé de trois familles, deux de fabricants de papier (Bellac Fritisse et François Dandrieux) et d’un ouvrier papetier qui deviendra agriculteur (Ribeyron). Vingt-et-un habitants en tout.
La Terrasse et Petit-Vimal sont séparés aussi sur les années 1841, 1846 et 1851. Le premier est constitué par un moulin à papier possédé par la famille d’Alexandre Dandrieux. Avec une population qui oscille entre 8 et 10 personnes.
En 1841 et 1846, Le Petit-Vimal correspond à une seule famille, le moulin à papier de Pierre Begon et Marie Anne Gourbeyre. Le rattachement de Vimal au Petit-Vimal en 1851 augmente très sensiblement le nombre de la population, sans pour autant changer les métiers des habitants. Ils sont principalement des papetiers et des domestiques. Notons cependant l’arrivée de notre première dentelière du secteur.

Le Petit-Vimal à la sortie de l'hiver, le moulin de La Terrasse en plein centre.
Le Petit-Vimal à la sortie de l’hiver, le moulin de La Terrasse en plein centre.

1856, deuxième regroupement, celui de La Terrasse. La population double, les papetiers restent majoritaires avec six familles (Begon, Trait, Sauvade, Lebon, Debiton et Jarrix, partis de Nouara). À leurs côtés une famille de journaliers (Fritisse), et un foyer constitué de 4 femmes, a priori toutes dentelières (Begon).
En 1872, un nouveau métier apparaît sur le site, celui de cultivateur. Il s’agit d’un ancien papetier, Pierre ou Jean Pierre Begon, et sa femme Jeanne Marie Pacros. L’identification du métier de Jean Pierre Begon fluctue au fil des recensements : papetier avant 1872, puis cultivateur en 1872, à nouveau papetier en 1876, pour redevenir cultivateur en 1881 après le décès de sa femme. Un métier double pour s’adapter à la demande. En 1876 et 1886, d’autres cultivateurs sont mentionnés, deux familles qui ne restent pas sur le site. Il faut attendre 1891 pour que des cultivateurs se fixent  au Petit-Vimal, les familles Trait et Begon.
À partir de 1886, la population du Moulin de La Terrasse est comptabilisée à part. Elle ne comprend que la famille Mourgue, fabricant de lacets, et des ouvrières. Elle repasse sous le giron du Petit-Vimal pour les années 1906 et 1911.
Nouveau métier au Petit-Vimal en 1891, la meunerie. La famille Missonnier tiendra le moulin à farine jusqu’au moins en 1901, d’abord le père Jean, puis le fils Jean-Marie et sa famille. En 1906, le meunier est désormais Jean-Baptiste Voldoire, il le sera encore en 1911.
À noter quelques métiers plus originaux exercés ailleurs, peut-être à Valeyre, comme Jean-Marie Trait, garçon de café et fils d’une famille de papetiers, ou encore Marie Begon, aubergiste elle aussi issue d’une famille de papetiers. Il en va de même pour l’ébéniste recensé en 1906 et travaillant pour un certain Beyssarias. Le mécanicien (André Voldoire) relevé en 1911 est quant à lui salarié de l’usine Mourgues de La Terrasse.

L'entrée du moulin de Valeyre.
L’entrée du moulin de Valeyre.

Qu’en est-il du moulin de Valeyre ? Une famille travaille et habite en ce lieu lors des recensements de 1841 à 1851, celle d’Antoine Faure, frère de Jean Faure époux de Marie Joséphine Gourbeyre de Nouara, et frère de Joseph Faure, papetier à Gourbeyre comme fermier puis à La Planche comme propriétaire. Antoine Faure débute comme compagnon papetier puis devient le fabricant de papier du moulin de Valeyre en 1811. Il cède sa part à son gendre Joseph Faure, qui rachète celle de son beau-frère Jacques et devient ainsi le fabricant de papier du moulin.
En 1856, la population augmente singulièrement, la famille Faure élargie par la naissance des enfants et la présence sur les lieux d’autres familles, l’une d’un journalier, l’autre d’un cultivateur. Où logeaient-elles ?
Après le décès du père en 1859, un litige oppose Joseph Faure à sa belle-sœur mariée au papetier Pierre Favier du moulin du Prélat à Chaumont-le-Bourg. Tant est si bien que le moulin de Joseph Faure est saisi et vendu aux enchères. Exit la famille Faure.
On retrouve les acheteurs en 1872, Jean Sauvade et Catherine Pacros, que l’on suit jusqu’en 1901. Le moulin est acheté en 1902 après le décès de Jean Sauvade par la famille Mourgue du moulin de La Terrasse. Du papier-feutre y est fabriqué. Le recensement de 1906 montre que le papier est alors abandonné au profit du lacet.
Très peu de métiers sont exercés au moulin de Valeyre montrant qu’il s’agit là encore d’une population attachée à une exploitation très particulière.

Le prochain article sera consacré au village de Valeyre, où l’on envisagera un fonctionnement totalement différent des relations sociales.

 

3 thoughts on “Une histoire de métiers

  1. * « Il en va de même pour l’ébéniste recensé en 1906 et travaillant pour un certain Beyssarias » ; il convient de lire « BESSEYRIAS » ; j’ai une carte de visite : FABRIQUE D’AMEUBLEMENTS DE TOUS STYLES
    Ancienne Maison BESSEYRIAS-BAYLE, fondée en 1870
    J. BESSEYRIAS-ESQUIS FABRICANT
    Rue de la Sallerie PRES LA HALLE MABERT (Puy-de-Dôme)
    Jean-Marie BESSEYRIAS s’est marié à Craponne sur Arzon (Haute Loire) le 5 mars 1899 avec Antoinette Louise ESQUIS ; ce couple a eu au moins deux garçons : Claudius Jean Marie Louis BESSEYRIAS, né rue de la Sallerie (Ambert) en juillet 1900 (le père est ébéniste) et Antonin Jean Baptiste BESSEYRIAS, né rue de la Sallerie (Ambert) en novembre 1903

  2. * le moulin de Valeyre ; la mère des 2 frères ANGELI : Marie Noémie SAUVADE a vécu dans ce moulin ainsi qu’une partie de sa famille ; Jean SAUVADE s’est marié 2 fois : 1ères noces avec Catherine PACROS avec qui il eut tous ses enfants ; 2èmes avec Geneviève Pauline LEBON (qui était sa lointaine cousine) ; d’où familles : SAUVADE ; DUGAY ; CHOMETON ; VIALATTE ; JOUBERT ; TRAIT ; ALLIGIER ; MATHEVON (dont le mari de la centenaire décédée il y a seulement quelques mois …) ; BOST et … et … ANGELI !!!

  3. « Le mécanicien (André Voldoire) relevé en 1911 est quant à lui salarié de l’usine Mourgues de La Terrasse. »
    André VOLDOIRE, né à Paris (15ème) le 14 mai 1882 (1,69 mètre et cultivateur résidant à Valcivières en 1902), de la Croix de la Faye (Valcivières) en 1896 et en 1901, cultivateur au Grand Pré (Valcivières) en janvier 1907, aubergiste à Voldoire (Valcivières) en octobre 1907, décédé à Valcivières le 10 mai 1952, marié à Valcivières le 5 janvier 1907 avec Marie Antoinette BLANC, né à Montouroux (Valcivières) le 15 octobre 1888, ménagère à Voldoire (Valcivières) en octobre 1907, décédée à Valcivières le 25 novembre 1972 (fille d’Antoine BLANC et de Marie Naturelle GOURBEYRE)
    d’où : Raymond VOLDOIRE, né à Voldoire (Valcivières) le 27 octobre 1907, décédé à Ambert le 23 avril 2002 (qui se mariera avec Jeanne Marie NOURRISSON)
    André VOLDOIRE (1882 + 1952) :
    * aura un garçon :Raymond VOLDOIRE, né à Voldoire (Valcivières) le 27 octobre 1907, décédé à Ambert le 23 avril 2002 (qui se mariera avec Jeanne Marie NOURRISSON) ;
    deux petits-fils ;
    deux arrière-petits-fils (dont André VOLDOIRE, maire actuel (en 2017) de Valcivières) et une arrière-petite-fille
    * était fils d’Augustint (sic) (dit « Augustin » ou « Auguste ») VOLDOIRE, né au chef-lieu de Valcivières le 26 mai 1847, employé de commerce domicilié « 26 rue des Fossés Saint Bernard » (Paris ; 5ème) en août 1881 et domicilié « 155 rue de Sèvres » (Paris ; 15ème) en mai 1882, de la Croix de la Faye (Valcivières) en 1896 et en 1901 (c »est lui qui fit construire, entre autres, la maison où habite actuellement la famille DUMONT SAINT PRIEST), cultivateur au Grand Pré (Valcivières) en 01/1907, marié à Paris (15ème) le 2 août 1881 avec TOUCHARD Aglaé Lucie TOUCHARD, née « 1 rue des Belles Filles » (Auxerre ; Yonne) le 3 décembre 1855, employée de commerce domiciliée « 155 rue de Sèvres » (Paris ; 15ème) en mai 1882, de la Croix de la Faye (Valcivières) en 1896 et en 1901, ménagère au Grand Pré (Valcivières) en janvier 1907

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