Un Gourbeyre à Pointe-à-Pitre

Aimez-vous jouer ? Tapez « Gourbeyre » sur votre moteur de recherche et voyez ce qui remonte en premier : à coup sûr le site de la ville de Gourbeyre en Guadeloupe, un site appartenant à une maison d’éditions locale guadeloupéenne faisant découvrir les points à voir de l’île, ou encore des voyagistes… Rien en revanche sur les moulins à papier…

J’avoue avoir été déconcertée lorsque j’ai moi-même fait cette expérience, mais j’avais depuis enterré la question pour me concentrer sur Nouara. Finalement, en lisant un passage concernant les Antilles et un amiral Gourbeyre, lointain neveu de ceux de Nouara, dans l’ouvrage de Henri Pourrat sur les vallées papetières, j’ai décidé de réviser ma position. J’ai donc cherché pourquoi un point du Globe si éloigné d’Ambert possède un nom typique du Forez. Et la raison la voici : un amiral Augustin Gourbeyre, tout droit (ou presque) venu d’Auvergne, est devenu héros par là-bas pour avoir aidé les populations frappées de plein fouet par un séisme en février 1843 alors qu’il était gouverneur de l’île. La commune de Dos D’Âne prit alors son nom en 1846, en son honneur.

Le cimetière marin de Gourbeyre. Par sybarite48 — Flickr: Guadeloupe (Le cimetière de Gourbeyre)., CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14905838
Le cimetière marin de Gourbeyre.
Par sybarite48 — Flickr: Guadeloupe (Le cimetière de Gourbeyre)., CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14905838

Cet amiral Gourbeyre naît en 1796 à Riom, dans le Puy-de-Dôme. Ses ancêtres paternels sont quant à eux originaires d’Ambert, et encore avant de Valcivières ! Ce Gourbeyre serait-il de la même famille que ceux de Nouara ? Le suspens est intense…

Écoutons ce qu’en dit Henri Pourrat dans L’herbe des trois vallées, dans l’édition de 1954, pages 27 à 30 :

“Sur les devants de cheminée que le vent fait battre, dans les chambres de province, on voit parfois, retracée à vives touches, la vie créole aux Antilles ou aux Mascareignes. Sous le morne, des nègres en pantalon rayé coupent la canne à sucre ; les femmes à madras récoltent des fruits dans les buissons, tandis qu’une corvette court des bordées parmi les vagues, rang sur rang, de la mer indigo.

D’après une tradition de famille, une vocation coloniale vint à l’amiral Gourbeyre, neveu des papetiers seigneurs de Nouara, d’un paravent souvent contemplé en ces années où les images font poésie dans la tête (…)

“Le buste de l’amiral Gourbeyre se dresse sur une place de la Pointe-à-Pitre. La colonie, qu’il gouverna, le lui a élevé parce qu’il fit beaucoup pour elle, surtout lors du grand tremblement de terre de 1843. Il la régit avec un soin tout paternel, tout comme les siens faisaient à Nouara leur domaine et leur fabrique. (…)”

Henri Pourrat poursuit :

L’amiral naquit à Riom, trois ou quatre ans avant la Révolution, parce que sa mère, Riomoise, avait voulu y faire ses couches. Vint-il tout enfant visiter la fabrique ? Vit-il ces galeries de planches boucanées, au-dessus des touffes d’acacias et de frênes ? La première cascade, si secrète, derrière ce fouillis de hautes valérianes, là où le torrent s’étrangle entre les rochers, au débouché de la gorge ? Sous ses pentes dont la crête se découpe au ciel, suivit-il le ravin si resserré qu’il faut deux, trois fois passer d’un bord à l’autre, sautant de tête en tête sur les pierres du torrent, parmi les gerbes et les glissantes nappes d’eau ? Au milieu des aulnes liés de chèvrefeuilles, des sorbiers plus éclatants que des parures indiennes, découvrit-il au Gour de Garet la seconde cascade ? Celle qui descend en trois bonds sur le flanc nu de la montagne. Grésillante d’écume, elle vient tourner dans l’écuelle dorée, assez limpide pour que cette roche apparaisse sous son remous à la fois brouillée et pure, comme sous les ondes d’air bouillants qui s’élèvent d’un grand feu.

“Ou bien tout cela ne l’a-t-il connu que par des désirs obscurs qui lui roulaient dans le sang ? Non, pas même des souvenirs : une pente vers des songes. Les images du paravent n’enchantèrent si fort le petit garçon que parce qu’elles faisaient lever dans sa tête de vieilles merveilles mystérieuses. Et ce ne fut sans doute que ce royaume des moulins à papier, dans les monts, parmi les eaux vives et les feuillages, qu’il alla chercher plus tard sur la mer des Caraïbes.”

Outre la beauté des mots, l’intérêt qu’ils ont de nous montrer l’évolution des lieux et de la végétation depuis l’écriture du texte, pour Henri Pourrat, c’est un fait, c’est acté, l’amiral Gourbeyre est un parent des Gourbeyre de Nouara, par tradition.

Mais qu’en est-il en réalité ? Et par quelle branche est-il lié aux Nouara ? Claude Dravaine, sauf erreur, ne parle pas de cet amiral.

Tombe de l’amiral Gourbeyre au fort Delgrès à Basse-Terre. Par LPLT — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27350110

L’examen des arbres généalogiques des Gourbeyre de Nouara et de cet Augustin Gourbeyre ne laisse apparaître de prime abord aucune correspondance. Des deux parents, l’un est effectivement né à Ambert, mais il n’est aucunement lié à Joseph Gourbeyre et à Marianne Quiquandon parents de Marie Joséphine. Rien non plus à la génération précédente, ni à celle d’avant, etc.
Jusqu’à Clauda FAYE (ca 1565 -<1642) soit 7 générations et environ 200 ans d’écart avec Augustin Gourbeyre. Un nom suffisamment particulier pour m’avoir marquée dans l’arbre généalogique des Gourbeyre de Nouara.

Et là, “Bingo” ! Hasard ou mariage entre membres de la même famille, la Clauda Faye, ancêtre d’Augustin Gourbeyre est la belle-fille de la Clauda Faye (ca 1530 – ca 1611 ?) de la branche de Nouara. Cette dernière a eu deux fils (connus), Antoine Gourbeyre l’aîné et Damien Gourbeyre. Antoine Gourbeyre est le père de Claude Gourbeyre, le premier du nom à être maître papetier de Nouara, Damien Gourbeyre est l’ancêtre de l’amiral gouverneur de la Guadeloupe, Augustin Gourbeyre.

Arbre généalogique des Gourbeyre-Joubert, à Noyras, années 1480 – 1659, extrait de la branche Gourbeyre. Les Gourbeyre habitant à Nouara et la famille d’Augustin Gourbeyre sont parents, issus de Georges Gourbeyre et Clauda Faye au XVIe siècle.

Il y a bien une histoire de neveu dans l’affaire, mais elle ne se situe pas à la fin de l’Ancien Régime. Il faut remonter au tournant des XVIe et XVIIe siècles pour voir s’éclaircir un texte assez mystérieux.
De deux choses l’une : ou la connaissance que les personnes avaient aux siècles passés de leur généalogie était à la fois plus intuitive et plus renseignée que celle que nous avons de la nôtre, ou bien ils mettaient à jour leur arbre généalogique à chaque naissance comme nous le faisons pour notre CV à chaque nouvel emploi !

Des articles à lire qui renseignent sur Augustin Gourbeyre et la catastrophe qui le rendit « célèbre ».
http://www.larochelle.cci.fr/uploads/media_items/solidarite-avec-la-guadeloupe-en-1843-aunis-eco-mars-2005.original.pdf
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste-Marie-Augustin_Gourbeyre
https://clio-cr.clionautes.org/sur-les-ruines-de-la-pointe-a-pitre-chronique-du-8-fevrier-1843.html
Ouvrage paru en 2008, 2 tomes
Ouvrage paru en 2008, 2 tomes

1 commentaire sur “Un Gourbeyre à Pointe-à-Pitre

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