Qui était Claude Dravaine ?

Jeanne Lichnerowicz

 

 

 

 

Cet article n’a pas la prétention d’être une “biographie” de Claude Dravaine (d’autres l’ont fait déjà, et avec brio), mais bien plutôt de rendre un humble hommage à cette écrivaine dont les écrits sont à la fois sources d’information mais aussi d’inspiration pour ce petit blog. J’aimerais aussi, au travers de ces quelques lignes, fournir des références pour que vous puissiez aller à la rencontre de cette grande dame avec des guides bien plus légitimes que je ne le suis.

Au fil des lectures, il apparaît que Jeanne Lichnerowicz de son vrai nom, descendante des papetiers de Nouara, a toujours gardé une part de mystère aux yeux de ses amis, voire une part d’ombre.

Jeanne Lichnerowicz naît en septembre 1888 à Paris. Sa mère Justine est la fille de Jean Faure l’Aîné et de sa femme (et cousine germaine) Marie Anne Faure, petite-fille de Marie Joséphine Gourbeyre et de Jean Faure, bref la descendante d’une des grandes familles papetières d’Ambert. Son père Jean Lichnerowicz est un Polonais ayant fui son pays en 1863 suite à l’insurrection contre la tutelle russe. Justine est modiste à Ambert, Jean maître tailleur aussi à Ambert (où ils se rencontrent et se marient en 1873) de 1872 à 1876. Ils naviguent entre Ambert et Paris, où ils finissent par s’installer pour les études des enfants. Le père meurt en 1902, Jeanne a 13 ans.

Annonce de l’Echo de la Dore, août 1872. Remarquer le nom, Polognes Lichnerowicz Jean.

 

Quatre ans plus tard, la faillite, annonce dans un numéro de l'Echo de la Dore de 1876.
Quatre ans plus tard, la faillite, annonce dans un numéro de l’Echo de la Dore de 1876.

Jeanne est décrite comme une enfant, puis une femme, très intelligente voire douée, sensible, au caractère un peu instable. Dans ses études, elle prépare l’École normale de Paris en 1913, mais renonce à l’oral, elle débute une licence qu’elle abandonne aussi très vite pour vivre de ses écrits. Elle parle le polonais et l’anglais et part à Londres pour travailler en mai 1914. Elle traduit alors de la littérature anglo-saxonne, des auteurs comme Yeats ou Virginia Woolf. En 1915 la voilà revenue à Ambert où elle accepte d’enseigner l’anglais et les lettres aux enfants du collège. Puis elle repart à Paris, revient vite à Ambert, et partage son temps dans les années vingt entre Cusset (près de Vichy) et Ambert.

Elle adopte à cette même période son nom de plume, Claude Dravaine, Claude en référence à son ancêtre Claude Gourbeyre papetier, et Dravaine, surnom donné par Jean Angeli lorsqu’ils étaient enfants et désignant une prune en patois. C’est à cette période qu’elle écrit Nouara, chroniques d’un antique village papetier, publié en 1927. Elle publie aussi dans des revues (L’Alsace française, Le Correspondant, Le temps…) et des revues et quotidiens régionaux.

En 1930 paraît Michel changé en labri, un conte pour enfant pour lequel elle obtiendra un pris de l’Académie française, Le garçon fortuné avant 1947, Le Roi de Malmotte en 1947 (prix Sully-Olivier de Serres) réédité en 2004 sous le titre Le grand domaine, et La folie Aymérigot, roman historique pour enfants en 1952.

Elle est la première femme à entrer à l’Académie des Sciences, belles Lettres et Arts de Clermont-Ferrand, le 5 février 1931, non sans quelque émoi de la part des autres membres de cette honorable institution.

Claude Dravaine dans son jardin de Nouara, situé derrière la grange-étable.
Claude Dravaine dans son jardin de Nouara, situé derrière la grange-étable.

Elle finit sa vie entre Ambert, son moulin, ses plantes et ses abeilles, et le soleil du Sud de la France. C’est d’ailleurs à Hyères qu’elle sera trouvée morte, en 1957.

Henri Pourrat publie un texte hommage dans La montagne, quotidien local, repris dans L’Auvergne littéraire, revue pour laquelle ils collaboraient tous les deux. (Cet article est accessible en ligne sur le site de Gallica dans les Cahiers Henri Pourrat n° 10, 1992, p. 141:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9762533w.r=hommes%20et%20lieux%20henri%20pourrat?rk=21459;2)

Autres articles à retrouver :
– PASSELAIGUE Louis, L’écrivain Jeanne Lichnerowicz (alias Claude Dravaine) (1888-1957)”, Chroniques historiques du Livradois-Forez, bulletin 22, 2000, pp.188-196.

– LAURAS Annette, “Flânerie dans l’histoire de l’Académie, Claude Dravaine, la première académicienne clermontoise”, Bulletin historique et scientifique de l’Auvergne, Tome CVI, n°764-765, janvier-juin 2005, pp.117-125.

2 thoughts on “Qui était Claude Dravaine ?

  1. je n’ai pas connu Claude DRAVAINE, mais, je trouve que quand on lit « Nouara, chroniques d’un antique village », on se voit vraiment vivre les propos qu’elle écrit (toutefois, je ne partage pas tout à fait ce qu’elle écrit) ; »Michel changé en labri » est aussi intéressant ainsi que « Le Grand Domaine » ; quant aux autres, je ne suis jamais arrivé à les acheter ; j’aime beaucoup aussi « Le chasseur de la nuit » certes d’Henri POURRAT, mais, je trouve qu’on y « ressent » du Claude DRAVAINE … l’atmosphère dans nos montagnes du Forez est très agréable ; ce livre a été adapté en téléfilm, mais, je ne sais pas s’il a été mis en vente en DVD ???

    1. Bonjour Claude, je suis d’accord avec vous, Claude Dravaine a su créer une atmosphère dans laquelle on plonge dès les premières pages. Néanmoins, il ne faut pas relâcher son attention car l’on passe d’une génération à une autre sans préavis, et comme les « personnages » portaient tous le même prénom (Joseph), il est très facile de se perdre et de mélanger les faits. La lecture est plus aisée pour « le Grand domaine » (titre d’origine « Le roi de Malmotte »).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *