Claude Dravaine raconte : le « Grand  » Tixier, un lien entre toutes les familles de Nouara

Jeanne Lichnerowicz

 

 

 

 

Claude Dravaine, dans son ouvrage sur Nouara, mentionne à plusieurs reprises un homme que l’on appellerait une force de la nature menant fort grande vie, le « Grand » Tixier. Elle le nomme « Chassaigne » dans son texte, celui-ci étant quasiment contemporain du personnage.

Voici comment elle le décrit :

« Le Grand Chassaigne, un des boute-en-train dans les fêtes, mérite d’être considéré à part, et mena une vie impétueuse et fantasque. (…) C’était, au physique, un gaillard robuste, avec cette exubérance, cette surabondance de vie qui n’étaient pas rares jadis, mais sont devenues l’exception et qui lui valurent, selon la coutume d’ici, la qualification de « grand ». Cette puissance de vie et de gaîté rappelleront aussi Chabrier, le génial musicien ambertois, toujours hilare, au bon gros rire sain, ce bon rire que mon grand-père avait aussi en partage lorsqu’il pouvait oublier ses soucis.

 Le père du Grand Tixier s’était colossalement enrichi pour l’époque, en faisant le commerce du papier. Aussi avait-il acquis la plus grande partie du pays, d’Ambert dans la plaine du Livradois jusqu’à la cime de la montagne au bois Monsieur, aujourd’hui bois Bernard.

Son fils, déplorable héritier de ses entreprises, pour éviter les frais de transport des arbres, avait eu l’idée d’installer dans la montagne une scierie. Mon grand-père et mon oncle Joseph avaient assisté à « la reboule » (…) Mais il manquait l’œil du maître ; cette affaire ne lui réussit pas mieux que toutes les autres qu’il tenta.

(…) Courant d’Arlanc à La Chaise-Dieu (…) après avoir traité avec les fermiers. Il les emmenait à l’auberge, invitait tous les gens présents faisant une noce à tout casser et, pour finir, jetant vaisselle et bouteilles par la fenêtre en guise d’amusement.

Il avait installé une maîtresse, la Blanche, qui lui coûta quelques centaines de mille francs, dans une auberge située au bord de la route de Lyon, et qui a conservé le nom de la belle, « Chez la Blanche », à l’angle du chemin d’Escalon.
Il perdit ou dilapida peu à peu toute sa fortune évaluée à deux millions. À tout moment sur les murs d’Ambert, de grandes affiches annonçaient la vente de quelques lambeaux de son bien, d’une ferme, d’un bois, d’une fabrique de papier, d’une minoterie, d’une scierie, d’une maison bourgeoise en ville (…) »

Après quelques recherches, aidée par un historien et un généalogiste locaux, ce « Grand » Tixier n’est plus aussi mystérieux qu’auparavant. Et il apparaît qu’il est de loin lié à Nouara, de près à Jacques Omerin et Joseph Faure (frère d’un papetier de Noirat), de loin aussi aux Tixier ayant habité au moulin. Et il est l’arrière grand-père d’un célèbre avocat et homme politique d’extrême droite du XXe siècle, Tixier-Vignancour.

Cet homme, je ne l’ai toujours pas cité, est Jean-Baptiste Tixier dit Adolphe (1814-1901), marié à Marie Souveraine Chabrier en 1834. Il est issu d’une famille de papetiers, et fut lui-même négociant de papier à ses heures. Il fut adjoint au maire d’Ambert dans les années 1890. Ses parents, Joseph Tixier et Jeanne Joséphine Trunel, étaient négociants à Ambert, originaires de Lagat où les ancêtres paternels étaient papetiers. Toujours du côté de son père, l’un de ses arrière grands-pères était Damien Lebon, « marchand fabricant de papier à Noyras », mort après 1723 ! Nous revoilà à Nouara !

Du côté de sa femme, il est encore lié à des papetiers puisque celle-ci descend d’une Vimal du Champ, grande famille papetière des vallées ambertoises.

Son activité de marchand de papier, il l’exerce en commandant du papier à Joseph Faure, frère de Jean Faure époux de Marie-Joséphine Gourbeyre.

Feuille de compte entre Joseph Tixier-Vaissier et Adolphe Tixier-Chabrier
Feuille de compte entre Joseph Tixier-Vaissier et Adolphe Tixier-Chabrier
Détail de la page ci-dessus.
Détail de la page ci-dessus.

La famille Tixier-Trunel possédait nombre de moulins à grains, à huile, des scieries… dont le fils hérita, mais il n’en fit pas bon usage et dut vendre beaucoup pour s’en sortir. L’un d’entre eux, le moulin à grains et à huile de la Ribbe-Haute à Ambert, a été tenu en métayage par Jacques Omerin (jusqu’en 1879), qui fut d’abord le commis de Jean-Baptiste Tixier (à partir de 1866). Voilà comment le « Grand » Tixier et Jacques Omerin sont liés.

adjudication de la féculerie de Jacquet à La Ribbe Haute, appartenant à Adolphe Tixier Chabrier.
adjudication de la féculerie de Jacquet à La Ribbe Haute, appartenant à Adolphe Tixier Chabrier.

Vente de moulins à La Ribbe-Haute par Adolphe Tixier-Chabrier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Entre temps, le « Grand » Tixier avait dû vendre la Ribbe-Haute en 1875, à un certain Chantelauze. Ce même Chantelauze le revend à des Tixier-Bonnefoy qui en font don à un de leur fils à son mariage, en 1910. L’activité meunière reprend quelque temps après un arrêt en 1882, pour définitivement s’achever à la vente du moulin par les Tixier-Collay au tout début des années vingt. Voilà comment, par un moulin, les Tixier-Chabrier sont liés aux Tixier-Bonnefoy et Tixier-Collay. Sans être apparemment de la même famille…

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