Claude Dravaine raconte : le sabotier

Jeanne Lichnerowicz

 

 

 

 

Dans son livre Nouara, chroniques d’un antique village papetier, Claude Dravaine nous parle de ses ancêtres les Gourbeyre, ses arrière-grands-parents et arrière-arrière-grands-parents, et puis des Faure, les deux générations suivantes, c’est-à-dire de ses grands-parents, grands-oncles et grandes-tantes, et de la génération de sa mère, son oncle Joseph et ses tantes. Très rares sont les témoignages directs de ce qu’elle a pu vivre à Nouara puisqu’elle y est restée très peu de temps ; née à Paris et revenue plus tard, elle n’a pas ou peu connu la période papetière de son grand-père et de son oncle Joseph.

Ce sont donc des souvenirs sublimés de sa mère, des lectures qu’elle a pu faire, les légendes entendues des anciens, le tout romancé et à ne pas prendre systématiquement au pied de la lettre. Une fois les précautions d’usage prises, le texte de Claude Dravaine constitue une source de renseignements inégalée (et source d’inspiration pour les textes du blog importante !).

Je vais donc poursuivre sur cette lancée, et distiller encore ça et là quelques histoires de ce temps révolu, pour toucher par l’imagination ce que fut la vie des papetiers dans ce hameau.

Pour cette semaine, les sabots de Nouara.

“Du temps de mon grand-père, en effet, on ne portait de souliers et de bottes que pour aller à Ambert, à une foire quelconque ou en excursion. À Nouara on mettait des sabots, où l’on a les pieds secs et chauds.

Le sabotier venait d’Albafont, près de Valcivières, village campé au-dessus de la route communale qui a l’époque n’existait pas. C’était un parent. Il restait une semaine, faisait de soixante à quatre-vingts paires de sabots, car il en fallait pour tout la maisonnée et on en fournissait aussi les ouvriers.

Il apportait ses outils. On lui avait préparé des troncs d’ormes, de noyer, de fayard, de bouleau ou de frêne. Il les fendait, ébauchait le sabot à la hache, donnant une courbure différente pour chaque pied. Il perçait l’intérieur avec la vrille, l’évidait peu à peu avec la cuiller. Puis il ébarbait les bords avec le perceur, lui donnait, avec le paroir, la dernière façon.

Il faisait des sabots pleins tout en bois massif, ou à recoles, à brides de cuir, quelquefois ajourés. Certains les préféraient couleur de bois naturel, les autres noircis. Il soignait principalement les mignons sabots des enfants, découverts, décorés d’une rosace, d’une fleur. Avant de connaître le vernis jaune, on les teintait à la fumée.

Ces petits sabots, la mère les gardait précieusement dans un coin de son armoire, et de temps en temps les montrait aux enfants grandis.”

Parmi les trésors que recelait  Nouara, nous avons trouvé une belle quantité de sabots, en cours de réalisation, des sabots de toute forme, décorés, bruts, fumés, avec ou sans lanière de cuir, de toute taille. Petite galerie de portraits :

Collection de sabots en tout genre. Inachevé en haut, à lanière, sans lanière, de femme ou d’enfant en bas à droite, fumé ou couleur bois. Mais pas deux de la même paire !
Lanière de sabot en cuir, décorée (feuilles de vigne).
Lanière de sabot en cuir, décorée (feuilles de vigne).
Autre lanière décorée.
Autre lanière décorée.
Sabot décoré d’un motif végétal.
Semelle du même sabot, possédant encore des clous.
Semelle du même sabot, possédant encore des clous.
De profil, sabot de type courant. Peut-être possédait-il une bride (traces noir).
Sabot d'enfant, teinté.
Sabot d’enfant, teinté.
Sabot d'enfant.
Sabot d’enfant.

3 thoughts on “Claude Dravaine raconte : le sabotier

  1. très beau témoignage d’une époque révolue … chaque « fabricant » avait sa « clientèle » et l’hiver venu, il fabriquait les sabots dans sa « boutique » ; certains fabricants étaient plus habiles que d’autres et les réussissaient plus ou moins bien … les sabots des femmes et filles étaient des modèles un peu différent par rapport aux modèles des hommes, le sabot montait moins sur la cheville ; il est vrai que pour user moins vite les sabots, le fabricant ou le propriétaire ajoutait des clous … mais, attention quand on les perdait car si on passait après par exemple en vélo le pneu ne survivait pas aux clous ; le bruit d’une personne qui marchait en sabots cloutés donnés un bruit assez particulier ; on dit du côté d’Ambert que çà « tracolait » !!!

    1. Bonjour Claude, et encore merci à vous pour toutes ces précisions passionnantes comme à chaque fois.
      A Ambert, on ne tracole plus beaucoup, on roule maintenant !

  2. je suis en train de penser que parfois quand les sabots étaient trop grands, il pouvait être ajouter une semelle en paille tressée ; là, il devait falloir avoir une certaine dextérité pour pouvoir tresser aussi finement …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *