Le sentier des papetiers

Le départ du sentier. Valeyre.
Le départ du sentier. Valeyre.

Je vous l’avais promis, j’ai tourné autour une ou deux fois, je l’ai fait, entièrement, le sentier des papetiers.

À noter qu’il vient d’être entièrement re-balisé, et qu’en prévision des travaux à Nouara, légèrement modifié, provisoirement.

Le plan et le descriptif du parcours sont accessibles sur plusieurs sites. Voici un lien où vous pouvez télécharger un pdf ou bien un tracé GPX :

http://www.planetepuydedome.com/randonnee/ambert/le-chemin-des-papetiers/tourisme-A6313AUV063V5084LW-1.html.

Le sentier tourne autour des deux branches à l’origine du ruisseau de Valeyre, le ruisseau de Gourre ou de Nouara au nord, et le ruisseau de Lagat au sud. Le tracé évolue sur de petites routes et des chemins entre forêt et prairies, fleuries en été où volètent des myriades de papillons. Un vrai régal pour les yeux. Plusieurs hameaux papetiers sont traversés, que nous allons découvrir ensemble, et la vue porte parfois sur d’autres hameaux, papetiers ou non, sur d’autres moulins. Pour un non-averti, difficile de voir dans les édifices d’anciennes papeteries. Un point commun se dégage pourtant, les parties hautes en bardages de bois, traces des anciens séchoirs des papeteries.

Campanule étalée.
Campanule étalée.
Autre ambiance de chemin.
Autre ambiance de chemin.
Ambiance de chemin
Ambiance de chemin
Vu sur la plaine d'Ambert et les monts du Livradois.
Vu sur la plaine d’Ambert et les monts du Livradois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le hameau de Valeyre, point de départ de la balade, se situe à la jonction des deux vallons. Les petites maisons du hameau étaient habitées au XIXe siècle par les ouvriers papetiers des moulins alentour. Au nord, dans le fond de la vallée, un autre hameau s’est développé, papetier celui-là, Saint-Lazare ou Valeyre-de-Haut. C’est aussi là, à Saint-Lazare dans l’ancienne papeterie Lebon, que Louis Immarigeon implanta dans les années 1870 une des premières fabriques de perles à chapelet d’Ambert. Cet Immarigeon était ami avec Jacques Omerin, alors meunier à Nouara, et c’est lui qui lui donnera l’idée de sa future activité à Escalon.

Le moulin de Valeyre à gauche, avec au fond un aperçu du hameau du Petit-Vimal.
Le moulin de Valeyre à gauche, avec au fond un aperçu du hameau du Petit-Vimal.

Sorti de Valeyre, le chemin passe devant le moulin de Valeyre, tout seul entre deux hameaux. C’est dans ce moulin que vécurent et travaillèrent Antoine Faure (frère de Jean Faure papetier à Nouara au début du XIXe siècle : article “Marie-Joséphine”) et sa famille. C’est en ce lieu que fut a priori implantée la première machine à papier artisanale, par Joseph Faure (gendre d’Antoine et fils de Marie-Joséphine Gourbeyre, encore elle et encore un mariage entre cousins germains).  Le moulin passa aux mains de Jean Sauvade-Pacros en 1863. Pour l’anecdote, deux de ses petits-enfants étaient les frères Jean et François Angeli, écrivains et peintres amis de Henri Pourrat, en partie élevés au moulin de Valeyre.
Ce moulin à papier quitte la famille Sauvade à la mort de Jean Sauvade, le seul gendre en vie (Mathevon) étant patron de la scierie de La Vernadelle, et son fils ayant repris la papeterie de La Combe-Basse (à la suite de son oncle). Il est acheté par le petit-fils du propriétaire de La Terrasse (cf. ci-dessous), Antoine Mourgue qui y fabrique du papier pour l’industrie en utilisant la machine de Jean Sauvade. Le petit-fils de ce dernier rachète le moulin qui devient la scierie Mathevon en 1936. Il est encore dans la famille.

Quelques centaines de mètres plus loin, un peu plus haut dans la vallée, un nouveau hameau apparaît, constitué en fait de deux ensembles : Le Petit-Vimal-Bas puis Le Petit-Vimal-Haut. Le Petit-Vimal-Bas comprend trois fabriques, La Terrasse reconnaissable à son toit d’usine (construit en 1947-48), puis deux autres fabriques un peu plus bas, l’une ayant été transformée en saboterie. La fabrique de La Terrasse devint quant à elle la fabrique de tresses Mourgue après 1880, puis fabrique Garin suite au mariage de la fille Mourgue avec P. Garin.

Le hameau du Petit-Vimal avec le moulin de La Terrasse au centre, et les moulin du Petit-Vimal-haut juste à droite.
Le hameau du Petit-Vimal avec le moulin de La Terrasse au centre, et les moulin du Petit-Vimal-haut juste à droite.

Juste au-dessus et alimenté par le même bief que celui de La Terrasse, viennent les moulins du Petit-Vimal-Haut. Le premier devint moulin à farine, l’autre à la sortie du hameau et le premier sur le bief, fut transformé en annexe de la fabrique de tresses Mourgue dans les années 1920-1930.

Le moulin du Petit-Vimal-Haut.
Le moulin du Petit-Vimal-Haut.

Le sentier rejoint une petite route et domine la rivière en bas. Le bief des hameaux que nous venons de traverser est bien plus haut que la rivière et arrive directement du hameau de Nouara.

Contournement provisoire.
Contournement provisoire.
Le parcours passant derrière le château de Nouara.
Le parcours passant derrière le château de Nouara.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À noter ici, le chemin est détourné provisoirement de Nouara et contourne le château pour retrouver son cours normal quelques centaines de mètres plus loin.

 

 

Nous atteignons le moulin des Caves, totalement envahi par la végétation, qui était la papeterie de Claude Poyet-Friteyre dans les années 1830. Ce moulin est l’un de ceux construit après la Révolution et le retour d’une embellie du papier avec l’arrivée de Bonaparte. Le linteau de ce moulin porte d’ailleurs mention de Bonaparte consul. Il est de nos jours à Nouara, rapatrié par l’abbé Duval qui voyait les ruines se détériorer au fil des ans.

Avant d’arriver au hameau suivant, le chemin en balcon offre plusieurs vues sur la ville d’Ambert. Attention à ne pas rater la petite croix du Plat, toute discrète dans les herbes un peu folles.

Ambert, sa plaine, et les monts du Livradois.
Ambert, sa plaine, et les monts du Livradois.
La petite croix du Plat.
La petite croix du Plat.

La Combe s’annonce bientôt, les maisons du bas du moins car le village est plus haut, traversé par la route. Les deux maisons de Richard-de-Haut dépassées, on débouche à Grivel, joli hameau de métayers de moulins papetiers, où se mélangent les maisons de pierre et les maisons en pisé. Sur la place trône une croix avec la Vierge à l’Enfant du côté où l’on arrive et le Christ de l’autre.

Dernières maisons du hameau de La Combe.
Dernières maisons du hameau de La Combe.
Les deux maisons du hameau Richard-de-Haut (ne pas confondre avec le moulin du même nom quelques centaines de mètres plus bas).
Les deux maisons du hameau Richard-de-Haut (ne pas confondre avec le moulin du même nom quelques centaines de mètres plus bas).
Peu après Richard, virer sur le chemin de droite (balisage difficile).
Peu après Richard, virer sur le chemin de droite (balisage difficile).
Entrée du hameau de Grivel.
Entrée du hameau de Grivel.

Après l’avoir aperçu à plusieurs reprises, on débouche au hameau papetier de Lagat, où le dernier moulin arrêta son activité en 1981. Il est le premier sur le chemin à droite en arrivant. La roue et la machine à papier qu’elle actionne pourrait encore fabriquer le papier feutre qui était le leur. Dans le hameau, les autres moulins se reconnaissent aux bardages bois et aux puissants contreforts qui consolident les bases de leurs murs. Le bief, que l’on a récupéré un peu plus haut, a sa prise d’eau située à un hameau (le Béal-de-Bas) en amont.

Hameau de Lagat
Hameau de Lagat
Sur le bief de Lagat.
Sur le bief de Lagat.
La sortie du hameau de Lagat
La sortie du hameau de Lagat

Quelques centaines de mètres plus loin, Longechaud apparaît après une belle descente et au détour du bois. Nous suivons le bief là encore, qui s’offre une belle “cascadette” à son arrivée à Longechaud. Deux édifices sont à noter dans ce hameau, la longue maison tout en pisé située en bordure de route, ancienne scierie de la famille Lebon. L’un des fils de cette famille, Jean fut un photographe de talent, hélas fauché en 1914 lors des premiers combats de la Grande Guerre. L’autre est le moulin à l’entrée du village, dont la façade arrière est bordée par le ruisseau du Lagat. Cette papeterie est l’une des rares des vallées à posséder pile hollandaise et machine à papier inventée par son propriétaire, Jean-Marie Mathevon (petit-fils de Jean Sauvade au moulin de Valeyre). Son gendre, Jean Fournier, poursuivit la production de carton-feutre, puis de papiers-cartons recyclés jusqu’en 1976.

Ancienne papeterie Lebon transformée en scierie Lebon vers 1870
Ancienne papeterie Lebon transformée en scierie Lebon vers 1870
La petite cascade sur le bief avant Longechaud.
La petite cascade sur le bief avant Longechaud.
Le moulin Fournier en bordure du Lagat.
Le moulin Fournier en bordure du Lagat.
La roue du moulin Fournier, qui peut encore entraîner la machine à papier qui équipe le moulin.
En repartant de Longechaud.
En repartant de Longechaud.
De loin, le moulin de Thoulouze en amont de Richard-de-Bas dominé par les hameaux de Richard-de-Haut et La Combe.

Il n’y a que quelques pas pour déboucher sur La Combe-Basse, dominée par Richard-de-Bas et Richard-de-Haut à touche-touche. Nous sommes ici dans le dernier bastion du papier à la main d’Auvergne, un des premiers aussi. Richard-de-Bas, où une entreprise perpétue la tradition de ce papier chiffon trituré par des maillets, où la feuille est réalisée par des hommes, une entreprise qui a essaimé son savoir-faire un peu partout en Europe. Des minuscules Poucet face aux géants de l’industrie papetière (à base de bois). Pour plus d’information sur Richard-de-Bas : http://www.richarddebas.fr et https://www.facebook.com/richarddebasSARL

La Combe-Basse
La Combe-Basse
Ruisseau de Lagat à La Combe-Basse.
Ruisseau de Lagat à La Combe-Basse.
Moulin Richard-de-Bas.
Moulin Richard-de-Bas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le parcours emprunte alors la route jusqu’au hameau suivant, pas la partie la plus agréable. Se profile Ribeyre. Nos pas se dirigent vers le chemin très pentu qui attaque la colline à droite, mais il faut auparavant observer ces quelques maisons qui constituent là encore un ancien hameau papetier. Encore en activité dans les années 1830, les trois moulins à papier sont désertés à la fin du XIXe siècle. Ils sont achetés dans les années vingt par Eugène-Pierre Sauvade et restaurés pour y installer des métiers à tresser en 1927. Cet ancien salarié de l’usine de tresses Rivollier (il travaillait à la teinturerie) démarre par de la sous-traitance de lacets, puis s’oriente dans les années cinquante sur de nouveaux produits, la gaine isolante à base de rayonne. Il ouvre la voie à ses descendants et successeurs, Marcel Favier son gendre, puis Michel Favier son petit-fils et ses arrière-petits-enfants maintenant à la tête d’une entreprise, le groupe Favier Tresses et Plastiques en Livradois, parmi les leaders européens de la gaine isolante.

Ribeyre, les anciens séchoirs et bâtiments agricoles des moulins. Au fond, on devine l'usine Favier.
Ribeyre, les anciens séchoirs et bâtiments agricoles des moulins. Au fond, on devine l’usine Favier.
La Pierre aux Milans, choix libre pour le retour.
La Pierre aux Milans, choix libre pour le retour.

Après Ribeyre, le retour se fait sentir. À la Pierre aux Milans, deux options : ou prendre le chemin de gauche qui descend rapidement pour retrouver le hameau de Valeyre à mi-pente (circuit normal), ou prendre le sentier de droite qui ramène directement à Nouara, histoire de voir le moulin et où en sont les travaux. Pour le retour au parking, revenir sur ses pas pour retrouver le parcours normal paraît moins dangereux que reprendre la route, un peu trop passante et rapide. Et la distance parcourue est somme toute assez faible. Quand on aime…

La vue sur les monts du Forez au nord depuis le Petit-Vimal.
La vue sur les monts du Forez au nord depuis le Petit-Vimal.
Un grand merci à Jean-Louis Boithias et à toutes ses recherches inestimables. Pour retrouver certains des lieux cités, consulter  Le Pays d’Ambert aux siècles passés en 2 volumes, éditions de la Montmarie (2008-2010).

2 thoughts on “Le sentier des papetiers

  1. * Le moulin de Valeyre où il y eut la famille SAUVADE d’où entre autres les familles DUGAY, ANGELI, TRAIT, CHOMETON …
    * Le château de Nouara qui fut la propriété du « docteur » GOURBEYRE (officier de santé ; + exactement) puis de sa fille naturelle Elie GOURBEYRE, née à ???
    * La petite croix du Plat : quelle est son histoire ???
    * Lagat : le maréchal PETAIN a dû aller vers ces moulins lors de sa venue …
    * Jean LEBON, de Longechaud, photographe fauché très jeune ; une exposition de quelques photos à la jasserie du Coq Noir, actuellement ; et, livre édite parles archives départementales du Puy-de-Dôme en vente … bel ouvrage !!!
    * Les familles MATHEVON, FOURNIER … familles descendantes de la famille papetière DUPUY de la GRAND’RIVE
    * La Combe Basse : famille papetière dont est issue Valéry Giscard d’Estaing
    * la famille FAVIER est aussi en activité à Bertignat

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