Tout a bien changé ! Tant que ça ?

Je vais entamer aujourd’hui une série d’articles sur le thème que j’adore, « avant / après ». Elle ne s’achèvera qu’avec la fin des travaux.

Plusieurs sources pour travailler, des cartes postales (très peu nombreuses), des dessins un peu plus nombreux, et des photos du moulin datant des années cinquante et soixante, et d’autant plus faciles à reprendre de nos jours qu’il est aisé de retrouver le lieu de la prise de vue (ce qui n’est pas tout à fait aussi facile pour les dessins).

Les cartes postales connues de Nouara sont celles anciennes de la colonie dans le château de Noirat, dans les années 1900-1910, les cartes postales bien plus récentes dotées par la colonie L’Arche, et des cartes de la vallée et du Petit-Vimal qui montrent un paysage méconnaissable (années 1900-1910 aussi). (Photothèque du Puy-de-Dôme, cartes postales, collections Dubesset, Saugues et Boy.)

Commençons-donc par les dessins, ceux de François Angeli, ami d’Henri Pourrat, peintre et graveur ambertois (1890 – 1974) dont les dessins ont illustré les livres d’Henri Pourrat. Ceux reproduits ici proviennent de l’ouvrage Dans l’Herbe des Trois vallées. Et puis il y a aussi les dessins de Suzanne Cornillac (illustratrice, aquarelliste -1904-1982), publiés dans l’ouvrage de Claude Dravaine paru en 1927.

Arrivons tout doucement à Nouara, en passant par Valeyre. Assez étonnamment, les monts autour du village semblent assez nus, alors qu’ils sont de nos jours couverts de bois.  Un chemin est en effet visible sur le bois gravé de François Angeli et le traitement de la végétation entre arbres et prairie y est bien différencié (cf. colline de droite). Difficile de se prononcer pour ce qui est du dessin de Suzanne Cornillac en raison du traitement de la végétation.

Le cadrage de cette dernière est plus large, le village est inséré dans un paysage plus grandiose, plus montagneux. Le côté intimiste ressort plus chez François Angeli, la montagne est devenue colline.

Valeyre vu de loin en 1927. Dessin de Suzanne Cornillac.
La même vue par un autre artiste, François Angeli, en 1927.
La même vue par un autre artiste, François Angeli, en 1927.

J’ai cherché le point de vue d’où fut dessiné le hameau de Valeyre. Peut-être me suis dirigée vers un lieu qui n’est pas le bon, mais la colline au-dessus est entièrement couverte de bois épais et touffus. Et de plus la route et le ruisseau sont eux-mêmes bordés d’arbres qui cachent les maisons à la vue.

 

 

Passé Valeyre, puis le moulin de Valeyre, juste avant le dernier tournant, Nouara s’offre à notre vue. Le dessin de François Angeli théâtralise le lieu, des collines hautes entourant une vallée encaissée, dominée par un château que l’on aperçoit à gauche, des collines devant lesquelles se détachent sur un terrain a priori plane un ensemble de bâtiments au milieu d’arbres. Des vergers semblent être plantés dans la prairie devant le moulin.

De nos jours, la vue est perturbée par les fils électriques et téléphoniques, les arbres dans les prairies bouchent la vue. Le château n’est plus visible, caché derrière les arbres, tout comme le moulin. Les vergers ont disparu, les arbres les plus anciens se rapprochant plutôt de haies.

Vue de Nouara en montant de Valeyre. Bois gravé de François Angeli. 1927
De nos jours, l'arrivée sur Nouara.
De nos jours, l’arrivée sur Nouara.

Nous atteignons maintenant la cour intérieure du moulin de Nouara.

De grands changements ont eu lieu entre 1927 et 2016.

On constate que le bâtiment s’arrête juste après le perron à droite. La partie droite a été construite en 1964-65 sur des ruines, qui existaient déjà en 1927. Depuis longtemps car Claude Dravaine ne parle pas d’autre chose que ces ruines.

L’ordonnancement de la façade, et la perspective (l’édifice semble être sur le plat, et si l’on se décale vers la droite, la vue est bouchée par la grange) ne sont pas exacts sur le dessin, mais vive la licence poétique !

Le vieux moulin, ou moulin du milieu, en 1927. Déjà la déchéance guette, et l'activité a cessé depuis peu...
Le vieux moulin, ou moulin du milieu, en 1927.
Déjà la déchéance guette, et l’activité a cessé depuis peu…

 

La façade du vieux moulin le 21 juin 2017.
La façade du vieux moulin le 21 juin 2017.

Autre vue maintenant, en descendant de la Combe-Basse.

Après le virage du chemin, en allant vers La Combe Haute, La Rodarie...
Après le virage du chemin, en allant vers La Combe Haute, La Rodarie…
La même vue de Nouara en 2017.
La même vue de Nouara en 2017.

 

 

 

 

 

 

 

 

Si au premier coup d’oeil le dessin de Suzanne Cornillac transcrit assez bien l’ambiance, il ne résiste pas à la revue de détail. Le mur d’enclos de la propriété avec la porte et peut-être les restes de la chapelle sont bien présents, on distingue bien la grange-étable séchoir. Mais quel est ce bâtiment parallèle à la grange ? Il manque la ferme, perpendiculaire, dont la toiture est clairement visible sur la photo, construite en 1895-97, donc bien avant ce dessin, et bien avant la naissance de Suzanne Cornillac… La colline à l’arrière est devenue gigantesque, le château qui domine le moulin est invisible.

Nouara, difficile à distinguer sur la photo, caché au milieu de la végétation, prend une toute autre ampleur sur le dessin, occupe l’espace, devient forteresse.

 

Après le moulin, le ruisseau. Voici le Gour de Garret, bien en amont Nouara sur le ruisseau. Le dessin traduit bien le côté luxuriant des lieux, le charme opère toujours.

Le Gour de Garret, sur le ruisseau de Gour en amont de Nouara
En octobre 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S’il est possible de rapprocher les dessins des sites actuels, difficile néanmoins d’établir une véritable comparaison. L’oeil des artistes interprètent ce qu’ils voient, nous ne sommes pas en face de véritables témoins.

Que vont donc nous révéler les photographies des années cinquante et soixante sur l’évolution des lieux ?

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