Les Gourbeyre, petites histoires de famille

Connaissez-vous Valéry Giscard d’Estaing, Pierre de Nolhac, Claude Dravaine et André Lichnerowicz ? Pour Valéry Giscard d’Estaing, a priori pas ou peu de problème. Pour les autres, je ne vous jetterai pas la pierre, je les ai découverts récemment. Quoique, Claude Dravaine… Je vous en parle suffisamment régulièrement pour avoir suscité votre curiosité. Et bien sachez que tous ces hommes et femme ont connu un peu plus qu’un quart-d’heure de gloire, ici et ailleurs. Et surtout, point commun, ils sont tous les descendants de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert, ils sont tous de la même vaste famille élargie ! Si si.

Voici quelques informations complémentaires sur cette famille dont l’arbre ressemble plus à un baobab qu’à un frêle peuplier d’Italie.

Chapitre I, les Gourbeyre avant Noirat

Loin, bien loin de nous, avant 1500, existait un moulin à Noyras (Nouara), possédé par un membre de la famille RICHARD, grande famille papetière de la région d’Ambert, à l’origine du moulin Richard-de-Bas, et dont une branche fabriqua du papier jusqu’au XIXe siècle à La Forie. C’est ce que Michel BOY, historien, rapporte de ses recherches.

Juste à côté, une autre grande famille papetière du Livradois-Forez, les BOYSSON, devenu BUISSON quelques décennies plus tard, possédait des moulins sur le ruisseau de Valeyre vers 1460.

En 1624, une Gabrielle JOUBERT, née à Noirat, se marie à un Georges Buisson, papetier de Noirat qui pourrait descendre d’un Boysson du XVe siècle ; elle est née à Noirat en 1600. Son père, Jehan Joubert, est marchand-papetier à Noirat à partir de 1613 et originaire de Job, où des Richard possèdent un moulin au moins. Peut-être serait-il né à Noirat en 1575. Cette Gabrielle Joubert est issue par sa grand-mère de la famille papetière des CLOUVET ou CLOUVEL de Job (l’arrière arrière grand-père est Damyen CLOUVEL, papetier au Maitz à Job, comme certains Richard d’ailleurs).

Voyez-vous venir la question, oui, non ?

Et bien de qui Gabrielle Joubert hérite-t-elle le moulin de Noirat ? De son père ou bien de Georges Buisson, maître-papetier à Noirat ?
Quel est le lien entre ces Richard, Joubert, Buisson ? Cette histoire est un vrai casse-tête et entraîne trop de suppositions.

Arbre des ancêtres de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert.
Arbre des ancêtres de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert.

En 1627, Claude Gourbeyre épouse Gabrielle Joubert en secondes noces ; il est originaire de Valcivières où ses parents, Antoine Gourbeyre et Damiane Moron, sont aubergistes dans le bourg. Rien à voir avec le papier. En revanche, Claude lui-même possède un moulin à papier à Valcivières, « au tènement du Verdier ». Le mariage avec Gabrielle Joubert lui permet de s’ancrer plus profondément dans le milieu papetier. Et voilà comment les Gourbeyre mettent les pieds à Noirat.

Emplacement du moulin de Gourbeyre, encore mentionné sur le cadastre napoléonien. (ADPDD – Le Verdier, Section D de l’Artodie, 1ère feuille 1836 55 FI 1123-Présentation du contenu : Ech. 1/2500. Levée par Bonnin, géomètre du cadastre. Terminée le 1 septembre 1836.)

Chapitre II, les premiers Gourbeyre de Noirat

De ce mariage naissent au moins huit enfants, dont trois seulement poursuivent l’activité de papeterie. Les deux aînés, Antoine Gourbeyre (1628-1684) qui hérite du moulin de son père à Valcivières, Pierre Gourbeyre (1630-1700) qui devient maître papetier à Noirat, moulin de sa mère, et Georges Gourbeyre (1641-1684), quatrième arrivé, mentionné comme papetier à Ambert.

La postérité de la branche aînée, celle d’Antoine, se lie au fil des générations avec d’autres papetiers importants d’Ambert : les Richard du Prat, les Vimal, les Begon.

Les descendants de Georges Gourbeyre deviennent papetiers à Thiers et exercent encore au XIXe siècle.

Quant à ceux de Pierre Gourbeyre, ils sont sans doute à l’origine d’une bonne partie de la population d’Ambert et ses environs ! Pierre Gourbeyre et Anne Chabanis sa femme eurent en effet 18 enfants. Tous n’ont certes pas survécu suffisamment longtemps pour avoir des enfants, mais la descendance reste considérable ! Détail a priori courant dans ces familles, le mariage entre cousins lointains, que l’on observe à plusieurs reprises dans l’arbre élargi des Gourbeyre. Les descendants des Richard (les Banière) sont issus à la fois de Pierre Gourbeyre Chabanis et d’Antoine Gourbeyre Richard, son frère. Même chose pour la seule branche Gourbeyre encore représentée de nos jours en ligne masculine, celle des Gourbeyre Gaudon, qui est issue de mariages entre cousins éloignés descendants d’Antoine et Pierre. Et il est certain qu’on peut en trouver d’autres.

Chapitre III, les célébrités locales et plus

Les alliances avec d’autres grandes familles papetières : Richard du Prat, Vimal de La Boissonie, Dupuy de La Grandrive, Artaud de la Forie, Sauvade, Joubert dans les descendances de Pierre Gourbeyre Chabanis et d’Antoine Gourbeyre Richard font que l’activité papetière est restée dans la famille jusqu’à la fin de la papeterie dans les vallées d’Ambert. Les succès des différents acteurs sont variables bien sûr, mais les plus grands moulins papetiers comptent parmi la famille.

En dehors des papetiers, des descendants se sont fait connaître par leurs activités.

Les descendants du fils aîné de Claude Gourbeyre et Gabrielle Joubert, Antoine Gourbeyre, possèdent en leurs rangs tout d’abord Pierre Pourrat-Mathias, marchand papetier à Gourbeyre, qui est maire d’Ambert, puis préfet et député dans la première moitié du XIXe siècle. Son arrière arrière petit-fils est un « humaniste, un érudit », Pierre de NOLHAC (Ambert 1859-1936), historien et poète, conservateur du musée de Versailles puis du musée Jacquemart-André, auteur d’une œuvre sur la Renaissance et Versailles importante. Il devient membre de l’Académie française en 1923.

Timbre poste à l'effigie de Pierre de Nolhac, 1960.
Timbre poste à l’effigie de Pierre de Nolhac, 1960.

De Pierre Gourbeyre Chabanis viennent les Gourbeyre de Noirat. Cette branche s’est éteinte (en ligne masculine) au XIXe siècle avec les Gourbeyre Tournilhas (sans enfant) et les Gourbeyre Carron. Pas de célébrité Gourbeyre pour cette lignée donc, mais du beau monde néanmoins. Tout d’abord une écrivaine régionale, amie de Henri POURRAT, qui écrit sous son nom de plume, Claude DRAVAINE* (1888-1957), Jeanne LICHNEROWICZ de son nom véritable.

Claude Dravaine dans son jardin de Nouara, situé derrière la grange-étable.

Son neveu André LICHNEROWICZ (1915-1998), est un mathématicien professeur au Collège de France, ayant travaillé sur la géométrie différentielle et la physique mathématique (théorie de la relativité générale), membre de l’Académie des Sciences à partir de 1963, et titulaire, entre autres, du prix Fubini de mathématiques et de la médaille Copernic de l’Académie polonaise.

Mentionnons parmi les personnalités locales encore, un garde du corps du roi Joseph Gourbeyre et un docteur en médecine et maire d’Ambert au XVIIIe siècle (Pierre, fils du précédent).

Enfin, descendant de l’aînée des 18 enfants de Pierre Gourbeyre Chabanis, Valéry Giscard, fils de Jean Jacques Théodore Giscard et de Anne Marie de Lussigny, grande famille ambertoise. Son petit-fils nous est bien connu, puisqu’il fut président de la République, et qu’il est maintenant membre de l’Académie française, j’ai nommé Valéry Giscard d’Estaing !

Quand je disais que le couple Gourbeyre Chabanis avaient peuplé Ambert, j’étais modeste. La France, voyons, la France !

*Claude DRAVAINE, déjà largement citée dans ce blog, auteure de Nouara, antique village papetier.

8 thoughts on “Les Gourbeyre, petites histoires de famille

  1. bonjour, moi, je descends de nombreuses fois du couple GOURBEYRE-JOUBERT, même si mes ancêtres ont eu des vies + simples que d’autres !!! hihihi

  2. bonsoir,

    *étymologie du nom de lieu et du nom patronymique : GOURBEYRE ; je n’ai jamais fait d’étude sur l’étymologie ; mais, je pencherai plutôt du côté : GOURBEYRE = GRANGE ; quand on fâne l’herbe est réunie en « gorbe » ; avec le rateau, on tourne le foin sec pour le réunir et en faire comme un « rouleau »

    * la famille GOURBEYRE de NOUARA ; à quelle date la famille GOURBEYRE prit le nom GOURBEYRE de NOUARA ?

    * même question pour la famille GOURBEYRE GAUDRON ; il doit bien y avoir des lecteurs qui seront me répondre ;

    * la famille MICOLON ; famille de papetiers descend aussi de la famille GOURBEYRE … et avec de très nombreux descendants : la famille MATHEVON, du Moulin de Valeyre ; les frères ANGELI ; les familles DEPAILLER, VALANCHON, MAVEL (de Thiolières) … j’ai les informations qui justifient mes propos ;

    * je crois qu’en patois DRAVAINE signifie le fruit PRUNE ;

    * il est amusant de faire une étude (et, quelle étude) sur les habitants de Valcivières à la fin du 19ème siècle et de voir qui n’étaient pas descendants du couple GOURBEYRE-MORON !!!

    1. Bonjour,
      pour l’étymologie de Gourbeyre, j’ai vu la même chez M. Boy. Il mentionne même un Pierre de Gerbeyre (Petrus de Gerbeyra) en 1350 (Registre de levée de taille pour la reine Jeanne, dame d’Ambert – Archives nationales, R.2*31), Gerbeyra étant le lieu où habitait ce dit Petrus.

      Pour Dravaine, il s’agit bien des petites prunes rouge foncé que l’on trouvait dans les jardins.

  3. Petite rectification sur le constructeur de la mairie ronde : mon ancêtre Pierre POURRAT-MATHIAS (dont descend mon arrière-grand-père Pierre de NOLHAC) ne fut pas préfet, mais sous-préfet d’Ambert, ce qui n’est déjà pas si mal compte-tenu de ses multiples autres titres !…

  4. Mon mari et nos enfants ont pour ancêtres Pierre Gourbeyre et Anne Chabanis. Les renseignements que vous apportez sur ce couple et leurs ascendants nous ont intéressés et me permettent de compléter l’arbre généaloqique de la famille. Les générations suivantes sont issues d’Antoinette Gourbeyre mariée à Benoist Richard.

  5. Bonjour, j’ai aussi la famille de papetiers d’ambert, de job, valcivières, mes ascendants Rolle, Joubert, etc…. Quelle histoire ces papetiers!, on en apprend, mais j’aimerais en savoir davantage, passionnant toute cette conquête!, ces croisés qui ont découvert ce secret de la fabrication. Un passé , une histoire, et l’histoire qui se poursuit tout en revenant sur la trace de nos ancêtres…

    j’ai pu voir la photo d’un livre, était-ce un script en Araméen? (dérirvé de l’hébreu)

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