Le sentier des moulins

Sur le sentier de la Poule Rouge.
Sur le sentier de la Poule rouge.

Petite envie hivernale, remonter le sentier des moulins jusqu’à Nouara, suivre le ruisseau de Valeyre de son embouchure à notre moulin préféré. Au vu des conditions climatiques, le retour à la source se fera plus tard.

Nous* voilà donc partis par un soleil timide mais présent en suivant le ruisseau de Nouara. Tout d’abord sa jonction avec la Dore, à Ambert, le long du plan d’eau. Quelques glaçons se forment sur la Dore au courant plus lent, alors que l’eau du Valeyre s’écoule encore (à peu près) guillerette.

Le ruisseau de Valeyre se jette dans la Dore.
Le ruisseau de Valeyre se jette dans la Dore.
Au départ du sentier de la Poule rouge.

Nous empruntons les sentiers de la Poule rouge puis celui de l’Âne bleu, et nous cheminons pendant un moment entre le ruisseau et le bief d’Ambert qui se croisent et se décroisent.

Sur le sentier de l'Âne bleu.
Sur le sentier de l’Âne bleu.

Le bief de la ville d’Ambert, dérivé du ruisseau de Valeyre (aussi connu sous le nom de Mayre), est mentionné aux environs de 1460 dans le terrier** ancien d’Ambert et le terrier en latin du Chier. Des moulins, essentiellement à farine, sont implantés le long de ce bief, en quatre sites précis : Layre, le Chier, le Taboulet et Chinard, le seul dans l’enceinte de la ville. Layre se situerait sous Notre-Dame de Layre et près de l’actuelle D38, Le Chier sur la rue du Petit-Cheix et Taboulet non loin rue Emmanuel-Chabrier. Le moulin Chinard était à l’emplacement de l’actuelle rue Chinard, face à l’église Saint-Jean, et fut détruit au XIXe siècle par le feu puis les ruines démolies. Le moulin Taboulet fut le seul moulin à papier à partir du XVIe siècle, et fut désigné comme « papeterie d’Ambert » ou « papeterie de la ville d’Ambert ».

Cascade de glace sur le ruisseau de Valeyre, d'où part un bief.
Cascade de glace sur le ruisseau de Valeyre, d’où part un bief.
Sur le sentier de l'Âne bleu.
Sur le sentier de l’Âne bleu.

Après avoir contourné Ambert par le sud, le chemin débouche à La Planche près de l’usine Rivollier que l’on traverse pour poursuivre le long du bief. Cette usine était occupée par la famille Rivollier, fabricant des tresses et des lacets de 1885 environ à 1939. Cette année-là, l’usine est louée à Étienne-Marius TISSOT qui devient concessionnaire des Rivollier et développe l’entreprise, suivi dans cette voie par son gendre Jean Sauret. Elle est considérée, dans les années soixante-dix quatre-vingts, comme le troisième fabricant de tresses utilisées par la maroquinerie, la bagagerie, la chapellerie et les chaussures. Un ingénieur en devient le PDG en 1983, Jean Ponsonnaille, puis l’usine est rachetée par la famille Joubert, de La Forie, en 2000. En 2010, seuls trois ouvriers y travaillaient. L’usine est de nos jours désaffectée. Cette usine de tresses fut autrefois un moulin à papier, transformée au XVIIIe siècle en une fabrique de tissus, en minoterie au XIXe siècle par un certain Bernard, avant que ce dernier ne la convertisse en usine de lacets à la fin du même siècle pour son propre fils.

L'usine Rivollier.
L’usine Rivollier.
Chute de l’usine Rivollier, entièrement prise , ou presque, par la glace.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir grimpé le coteau qui domine le bief et les chutes d’eau, le chemin tourne à droite pour filer vers La Ribbe et La Vernadelle. Nous suivons le bief, le traversons et débouchons entre Feneix, anciennes papeteries et Jacquet et La Ribbe-Haute (anciennes papeteries), face à la jonction des ruisseaux de Lagat (arrivant de droite) et de Nouara (à gauche). Le ruisseau prend alors le nom de Valeyre à l’aval.

Arrivée à Feneix.
Arrivée à Feneix.
Jonction du ruisseau de Gourre ou de Nouara et du ruisseau de Lagat.
Jonction du ruisseau de Gourre ou de Nouara et du ruisseau de Lagat.

Le chemin remonte vers Valeyre à droite, passe dans le hameau de La Vernadelle où plusieurs moulins à papier sont mentionnés précocement à la fin du XVe siècle comme appartenant aux frères Pierre et Antoine Boysson. À XVIIIe siècle, c’est la famille Micolon qui possède ces moulins depuis au moins le début du XVIIe siècle. L’un de ceux-ci fut transformé en scierie, dont on voit encore l’évacuation de la sciure par un pan incliné couvert.

Le Jacquet, à La Ribbe Haute. Vue sur Ambert et le Livradois. Le bâtiment est une ancienne papeterie devenue fabrique de roues de charrettes.

Au Perrier, un petit chemin mène à gauche vers l’usine d’Escalon qui fut achetée en 1886 par Jacques Omerin pour en faire une fabrique de perles à chapelets. Cette usine a perduré longtemps entre les mains des descendants de Jacques Omerin, les Gras-Desgeorges, jusque dans les années 2000. La production a déménagé et appartient maintenant au groupe Martineau regroupant trois entreprises du patrimoine vivant dans la fabrication des perles et médailles, Martineau, Béraudy et Gras-Desgeorges. Pour la petite histoire, ce moulin d’Escalon a lui aussi été un moulin papetier.

Le hameau de Valeyre.
Le hameau de Valeyre.

Poursuivons la balade pour arriver à Valeyre, hameau d’Ambert, haut-lieu de la fabrication du papier avec de nombreux moulins à papier construits en son sein. Le sentier des papetiers démarre d’ailleurs d’ici, et nous allons l’emprunter. Le ruisseau est en bas, en fond de vallée. Au quartier Saint-Lazare de Valeyre, un moulin ne présente plus que ses ruines. Il fut d’abord moulin à papier d’un certain Lebon, moulin à grain, avant de devenir fabrique de perles à chapelets de Louis Immarigeon-Durif, vers 1870, l’une des premières de la région. C’est Claude le fils qui donna l’idée à Jacques Omerin de se lancer dans ce domaine prometteur.

Le Petit-Vimal, La Terrasse.
Croix au Petit-Vimal.

Après Valeyre de Haut vient le Moulin de Valeyre transformé en scierie en 1936, puis s’enchaîne le groupe de moulins de La Terrasse et du Petit-Vimal, tous anciennes papeteries, certains devenus fabriques de tresses. Nouara n’est plus très loin maintenant, et nous le rejoignons en suivant le bief, le ruisseau passant plus en bas à droite en fond de vallée.

Vue sur le Patit-Vimal en arrivant à Nouara.
Vue sur Le Petit-Vimal en arrivant à Nouara.
Arrivée sur le hameau papetier.
Arrivée sur le hameau papetier.
Le vieux moulin sous la neige en janvier 2017.
Le vieux moulin sous la neige en janvier 2017.

 

 

Bibliographie :
Jean-Louis BOITHIAS, Le pays d’Ambert aux siècles passés, tomes I et II, collection “Mémoire vive”, éditions de la Montmarie, 2008.
Michel BOY, “Histoire de la papeterie livradoise”, hors-série n°27 des Chroniques historiques du Livradois-Forez, 1995.
Michel BOY et Jean-Louis Boithias, Moulins, papiers et papetiers d’Auvergne, éditions des Monts d’Auvergne, 2014.
*Nous = mon compagnon (qui fait aussi parti de l’aventure Nouara, j’en parlerai un jour, nous avons le temps) et moi.
** Terrier : « Registre contenant la description des terres et censives dépendant d’un seigneur, qui devait en principe être renouvelé tous les vingt ou trente ans et dont l’existence fut supprimée par une loi de mars 1790. » (Définition issue du CNRTL, http://www.cnrtl.fr/definition/terrier).

2 thoughts on “Le sentier des moulins

  1. Cette usine de tresses fut autrefois un moulin à papier, transformée au XVIIIe siècle en une fabrique de tissus, en minoterie au XIXe siècle par un certain Bernard, ; ce BERNARD est BERNARD-DUPUY ??? auquel cas, je dois avoir 2 ou 3 précisions à pouvoir donner …

  2. voici des informations sur le « certain Bernard » ; mais ai-je raison :
    BERNARD François Marie, né en la ville d’Ambert 08/09/1825, négociant de la ville d’Ambert en 09/1851 et en 06/1855 et en 10/1856 et en 02/1857 et en 11/1861 et 03/1872 et en 09/1875 et à Ambert en 05/1854 et en 09/1860 et en 01/1865 et en 12/1867 et en 06/1869 et en 05/1879, négociant président du tribunal de commerce demeurant en la ville d’Ambert en 01/1878, ancien président du tribunal de commerce et ancien conseiller général actuellement propriétaire sans profession domicilié à Ambert en 07/1887, décédé propriétaire à Montussant (Aigueperse) 19/04/1888,
    marié (1ères noces) à Ambert 23/09/1851 avec DUPUY Marie Claudine Emilie, née en la ville d’Ambert 21/02/1831, décédée à Ambert 20/06/1886
    marié (2èmes noces) à Gannat (Allier) 18/07/1887 avec GRILLET Marie Victoire Fernande, née « 42 rue du Lillier » (Abbeville ; Somme) 08/02/1861, domiciliée « Cours de la République » (Gannat ; Allier) en 07/1887, décédée après 04/1888

    du 1er lit :
    1/ BERNARD garçon mort en naissant 18/05/1854 à Ambert
    2/ BERNARD Barthélémy Marie Julien Philippe, né en la ville d’Ambert 15/02/1857, décédé célibataire négociant en la ville d’Ambert 26/09/1875
    3/ BERNARD Marie Suzanne Adèle, née à Ambert 02/09/1860, décédée en la ville d’Ambert 1er/11/1861

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