Les p’tits papiers…

Répertoire de l'entreprise Tixier et Cie, entre 1920 et 1923.
Répertoire de l’entreprise Tixier et Cie, entre 1920 et 1923.

Que faire lorsque les architectes et les experts peaufinent leurs études, et surtout que les délais sont incompressibles ? Bref que le chantier à Nouara n’est toujours pas commencé, et que je ne sais plus trop quoi raconter dans le blog maintenant que j’ai fait le tour (ou presque !) des bébêtes et des petites fleurs…
Et bien il reste à investiguer à partir des archives retrouvées sur place avant le déménagement, des registres comptables, des agendas. À jouer les rats de bibliothèque et d’archives, à faire fumer ma matière grise pour essayer de comprendre qui a écrit ça, dans quelles circonstances.

C’est un nouveau monde qui émerge, pour ma part Ambert au début du XXe siècle, et des familles dont je ferais presque partie à force de chercher sur elles. Je me suis fait prendre au jeu, « machin, c’est le fils de qui dans tout ça, et il a vécu quand pour faire quoi ? » Et là je dis merci aux sites de généalogie en ligne, merci aux archives d’avoir numérisé des foultitudes de documents et de les avoir mis sur leur site Internet, on gagne un temps incroyable !

Mais qu’ai-je donc en main ?

 

Les documents comptables, agendas... des Tixier Collay
Les documents comptables, agendas… des Tixier Collay

 

Deux livres de compte ou de caisse de 1920 à 1935, trois agendas (un de 1915, un de 1917 et un de 1922), deux livres de copie de courriers, un répertoire avec tous les contacts (mais pas d’adresses) et trois registres notariaux (dont deux de Tardif). Ces trois derniers registres mis à part, les documents m’ont permis de rentrer dans l’intimité d’une famille, dont j’ai rapidement établi l’identité : les Tixier Collay, enfants de la famille Tixier Bonnefoy installée à Noirat et à l’origine de la ferme du XIXe siècle. Je reviendrai dans un prochain article sur cette ferme, je veux ici me concentrer sur les papiers et planter le décor pour la suite.

À la lecture des agendas de 1915 et 1917, on comprend très vite qu’ils sont tenus par une femme, une madame Tixier, dont le mari, Noël, est à la guerre.

Ecriture de madame Tixier Collay
Ecriture de madame Tixier Collay
Envoi à Noël...
Envoi à Noël…
Quand l'auteure des lignes se dévoile.
Quand l’auteure des lignes se dévoile.

Elle lui envoie très régulièrement des colis, de l’argent, elle verse une pension à sa mère, elle tient un café, loue des chambres et fait restaurant. Des militaires, cantonnés à Ambert pendant la guerre, sont ses locataires. Elle monte à Noirat (Nouara) le dimanche à peu près une à deux fois par mois, pour rendre visite à ses beaux parents et son beau frère, qu’elle mentionne aussi. Elle ne travaille pas seule, et une certaine Maria, une bonne, l’aide dans son établissement. Des dessins émaillent les carnets, profils de femmes, noms… Et elle a un chien !

La mode selon madame Tixier-Collay !
La mode selon madame Tixier-Collay !

Agenda de 1915

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’agenda de 1922 est tenu par différentes personnes : Noël, le mari revenu de la guerre, madame Tixier et d’autres… Il n’est plus question de café, mais de scierie. La seule mention qui est faite du café est un correctif de bail d’immeuble après vente du fonds de café, restaurant et hôtel.

Bail pour l'hôtel.
Bail pour l’hôtel.

Des clients ou des fournisseurs y signent des reçus, on y apprend aussi que Chabrol (galvanoplastie) leur louait les locaux du vieux moulin et que des travaux étaient en cours à Noirat chez les parents dans ces années (roue et rouets de la meunerie en réfection entre autres).

Mention de Chabrol, locataire à Nouara.
Mention de Chabrol, locataire à Nouara.
Mention de travaux à Nouara.
Mention de travaux à Nouara.
Encore des travaux sur la roue de la meunerie à Nouara.

Les livres de comptes donnent plus d’informations sur les activités de Noël Tixier, à la fois vendeur de bois, propriétaire d’une scierie, transporteur de matériaux à la demande et meunier ! Ses clients et fournisseurs sont divers et variés, et leurs noms sont fournis par ces registres.

Sa correspondance est tout aussi intéressante et permet d’aborder une certaine chronologie des activités, corroborée par d’autres archives. L’acte de mariage et le dossier militaire de Noël Tixier nous apprennent qu’il était meunier, comme son père, son grand-père et son grand-oncle, à Gourre.

Après leur mariage, Noël Tixier et Olga Collay s’installent à La Ribbe, moulin qui appartenait aux Tixier Bonnefoy et que ces derniers leur « ont fait donation en avancement d’hoirie de la pleine propriété avec jouissance immédiate ». Une carte à l’en-tête de la minoterie nous met sur la piste (tout comme le partage entre Noël Tixier et son frère datant de 1947).

Cartes de visites et factures à en-tête Tixier.
Cartes de visites et factures à en-tête Tixier.

Viennent ensuite des factures au nom de Tixier et Cie, scierie à vapeur ou mécanique, entreprise fondée en 1920 et fermée en 1923 (Archives Départementales U2479 : Commerce de bois, Ambert, statuts et dissolution 1920-1923). En 1923, une autre entreprise prend la suite sous le nom de Tixier Collay, du nom de famille de sa femme.

Le second registre de correspondance, datant de 1924-25, est précieux car les nombreuses lettres nous apportent d’autres informations : le couple Tixier Collay n’a pas eu d’enfant, il cherche donc à vendre la scierie ou bien prendre un gérant pour se concentrer sur le camionnage de marchandises. Vus les comptes plus tardifs concernant la même entreprise, pas sûr que la vente ait été réalisée. En revanche, ces lettres sont l’occasion d’avoir une description de la scierie, de l’équipement, du fonctionnement, des clients (dont des descendants du Grand Jacques Omerin !) et des fournisseurs… Bien plus palpitant que certains romans !

Desgeorges-Omerin, l'usine de chapelets à Escalon (Ambert).
Desgeorges-Omerin, l’usine de chapelets à Escalon (Ambert).

 

Qu’en est-il d’Olga Florine Collay ? Elle naît en Suisse, à La Chaux-de-Fonds, le 27 avril 1888.

Ses parents sont Jacques Collay et Marie-Antoinette Fournet, tous les deux du Monestier vers Saint-Amant-Roche-Savine. Lui est scieur de long au hameau de Clamont, elle habite le même hameau et vit chez son père. Ils se marient le 14 janvier 1882, et par un hasard ou une raison non connue, se retrouvent en Suisse à la naissance de leur fille. On les retrouve quelques années plus tard, avec trois filles, dans un café d’Ambert, place de la Gare, dont ils sont les patrons. Olga en héritera et prendra la suite avec son mari, Jean Baptiste Auguste Noël Tixier, dit Noël.

1 commentaire sur “Les p’tits papiers…

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