L’école au moulin

La façade du vieux moulin, ou fabrique du milieu.
La façade du vieux moulin, ou fabrique du milieu.

La façade du vieux moulin de Nouara révèle de nombreuses transformations dues sans doute aux changements de destination des pièces qui se trouvaient derrière les ouvertures. Mais elles ne sont pas aisées à identifier, et il faut parfois l’aide d’un texte pour comprendre. Il en va ainsi d’une porte transformée depuis en fenêtre, mais il est bien clair qu’il s’agit d’une porte. Au premier niveau du moulin, sans escalier ! Celui-ci a bien évidemment disparu, même si l’on soupçonne sa présence sur le cadastre napoléonien grâce à un décrochement de la façade. Où accédait-on par cette porte ?

L'ancienne porte de l'école...
L’ancienne porte de l’école…

Là encore, le texte de Claude Dravaine, Nouara, chroniques d’un antique village papetier, va nous être d’un grand secours. Au détour d’une page sur la famille, nous apprenons que cette porte et son escalier ont permis à de nombreux enfants du pays d’acquérir les rudiments d’éducation, en les accueillant dans une salle de classe organisée dans le vieux moulin. Je cite :

« Avant la venue des sœurs appelées “caniches” à cause de leur bonnet de soie noire qui leur retombait sur le front et les oreilles —un ordre de La Chaise-Dieu— il n’y avait personne pour faire école. Une sœur de mon grand-père*, qui se maria passé quarante ans, s’était consacrée à l’instruction des enfants du pays. On voit encore sur la façade de la fabrique du milieu** la trace de la porte par où passaient les écoliers, —écoliers d’hiver seulement, car les enfants “font trop besoin” dans les champs,— au haut d’un escalier extérieur conduisant directement dans une salle du fond, afin de ne rien déranger dans la maison. Ils arrivaient avec une bûche sous le bras, et leur chaufferette. Ils payaient leur “reconnaissance” en nature : beurre, œufs, fromages, “gogues”, quand on avait tué “l’habillé de soie”. À cette occasion on donnait aussi aux voisins, aux amis, une fricassée de foie, de mou, de boudin, entourée, sur un plat, de “collerette” pour faire des “grillons”, et un morceau de saucisse ; le tout enveloppé de “crépine” et d’une serviette blanche : à charge de revanche ! À Nouara pour une si nombreuse maisonnée, il n’y en avait jamais assez. »***

Voilà une partie d’un mystère de résolu. Car nous n’avons aucun moyen de retrouver l’ancien aménagement intérieur du moulin, tout a été refait. Où donc était cette salle ?

*Jean-Marie Joseph Faure, avant-dernier papetier de Nouara.
** C’est ainsi qu’était dénommé le vieux moulin.
*** Claude Dravaine, Nouara, chroniques d’un antique village papetieréditions Bossard, Paris, 1927, pp. 196-197.

2 thoughts on “L’école au moulin

  1. * l’habillé de soie est le cochon qui a été engraissée toute l’année et qui sera tué en l’hiver ; chaque parent ou chaque voisin ou chaque ami recevra sa gogue : un morceau de boudin, un peu de graisse, et, un bout de saucisse ; et chaque parent ou chaque voisin ou chaque ami s’il tue un cochon donnera lui aussi une gogue !!!

    * Jean-Marie Joseph FAURE (enfant trouvé à l’hospice de Thiers en janvier 1807, s’est marié avec sa cousine germaine paternelle Marie Anne FAURE) a eu 6 frères (nés entre 1809 et 1821 à Noirat, commune d’Ambert) et 5 soeurs (nées entre 1808 et 1824 à Noirat, commune d’Ambert). De 5 soeurs : 3 ont très peu vécues et les 2 autres furent : Marie Anne FAURE, née en 1808, mariée à Ambert en 1849 avec Antoine Amable CHAVRILLAT et Jeanne Marie Joséphine FAURE, née en 1811, mariée à Ambert en 1832 avec Jacques JARRIX. Ce serait donc Marie Anne FAURE épouse CHAVRILLAT qui aurait été la fameuse institutrice !!!

    1. Bonne déduction ! Je ne connais pas la généalogie de la famille Faure. En revanche, Jean Marie Joseph Faure, effectivement abandonné car sa mère Marie-Joséphie Gourbeyre a accouché à 18 ans alors qu’elle n’était pas mariée, a été adopté par son père (Jean Faure) et sa mère légitimes lors de leur mariage le 13 mai de la même année, en 1807 ! Ce premier fils, après la mort du père le 24 septembre 1823, va grandement aider sa mère et ses frères et soeurs et éviter que la famille ne sombre. La papeterie Faure va perdurer jusqu’en 1886.

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