Quand la limace, au dos qui porte sa maison…*

L'escargot de Bourgogne se reconnaît à sa coquille globulaire, marron à crème, avec des stries de couleurs différentes.
L’escargot de Bourgogne se reconnaît à sa coquille globulaire, marron à crème, avec des stries de couleurs différentes.

Un escargot !
Une corne courte, l’autre longue
Qu’est-ce qui le trouble ?**

Certainement pas la sécheresse, mais sans doute nos pas dans les herbes hautes de Nouara.

« Il pleut, il mouille, c’est la fête aux cagouilles ! » pouvons-nous chanter à tue-tête en remontant le Chemin des papetiers. Attention où l’on met les pieds, ils sont partout ! Par terre, sur les murs, les marches, dans les buissons, dans les herbes. Qu’ils soient gros ou tout petits, avec ou sans coquille, les mollusques sont de sortie à Nouara par des temps qui nous feraient plutôt rentrer chez nous.

Version pâle de l'espèce Bourgogne.
Version pâle de l’espèce Bourgogne.
Autre variation de la coquille d'un escargot de Bourgogne.
Autre variation de la coquille d’un escargot de Bourgogne.

Bourgogne est chez lui ici, gros et gras, broutant délicatement et consciencieusement les feuilles tendres. Mais attention, pas touche, Bourgogne est devenu rare et il est donc protégé en France. Sa récolte est interdite pendant sa période de reproduction, du 1er avril au 30 juin, et on ne peut le ramasser qu’à condition que sa coquille fasse plus de 3 cm de diamètre. Les quelques individus croisés ici doivent bien surveiller leurs arrières les autres mois…

Autre portrait de Bourgogne.
Autre portrait de Bourgogne.

Dans les arbustes apparaissent des taches jaunes, marrons, roses ou blanches avec ou sans spirales foncées : ce sont les escargots des haies, des jardins et des forêts, tous ressemblants et pourtant différents. Ils sont tranquilles, ils ne sont pas comestibles…

Escargot des jardins, apparemment, sur du lierre.
Escargot des jardins, apparemment, sur du lierre.

Pas très loin avance tout doucement un petit escargot marron portant une coquille tout aussi marron, mais plate, à la différence des précédents. Voilà la soucoupe commune sur la marche en granit. Soucoupe car de profil, elle ressemble à une soucoupe volante. Les naturalistes ont de l’humour.

A priori soucoupe commune, bien enfermée dans sa coquille en raison du soleil.
A priori soucoupe commune, bien enfermée dans sa coquille en raison du soleil.
Soucoupe commune sous la pluie, les déplacements sont aisés !

À noter que si les uns et les autres apprécient fortement l’humidité, ils goûtent aussi les terrains bien plus secs où il n’est pas rare de les rencontrer.

En bordure du chemin, voilà que s’étirent de grosses limaces noires, difficile de voir de quelle espèce il s’agit, grande limace ou grande Loche. La grande Loche s’enroule lorsqu’elle est dérangée, mais je n’ai pas envie d’être désagréable envers les individus croisés pour connaître leur identité.

Une grande limace nire en bord de chemin, peut-être une grande Loche.
Une grande limace noire en bord de chemin, peut-être une grande Loche.
Autre grande limace noire.
Autre grande limace noire.

Limaces et escargots se ressemblent fortement, et ça n’est pas le manque de coquille qui fait la différence. Et non, les limaces possèdent elles aussi une coquille, mais elle est bien plus petite et primaire et se situe à l’intérieur de leur corps ! Escargots et limaces ont chacun deux paires de tentacules, les cornes de la comptine, une pour les yeux, l’autre qui fait office de nez et de doigts. Les uns comme les autres respirent grâce à un poumon et agissent grâce à des neurones géants, plus sommaires que les nôtres. La bouche de chacun est petite avec de petites dents et une langue noire dentée elle aussi. Les deux sont hermaphrodites, tour à tour mâle et femelle pendant la reproduction mais pas en même temps. Et lorsqu’ils sont jeunes, ils ne ressemblent pas toujours aux adultes. Bref, difficile parfois de les distinguer surtout quand certains escargots ne sont pourvus que d’une toute petite coquille transparente et que des limaces voient se développer à l’inverse une coquille externe conséquente. Quant à les reconnaître entre escargots et entre limaces, laissons faire ça aux spécialistes, qui utilisent parfois l’ADN. Heureusement, les mollusques ne sont pas avares de leur salive…

* Extrait de : Pierre de Ronsard, « Le voyage de Tours, ou les amoureux », Amours de Marie, 1555.
** Yosa Buson (1716-1783)

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