Murs mystères à Nouara

Ou comment faire fumer votre cerveau !

La compréhension des bâtiments de Nouara est loin d’être certaine. Tout n’est qu’hypothèse ou presque dans notre reconstitution, beaucoup de questions restent en suspens.

Il en va ainsi du mur pignon ouest du vieux moulin, débordant de chaque côté et en partie en ruines.
Qu’était-il à l’origine, un mur ou un bâtiment sur lequel est venu s’appuyer le vieux moulin ? Ce que nous en voyons est depuis le début le côté extérieur, comme le montre un contrefort construit en même temps que le mur. Et de quand date-t-il ? D’avant le XVIIIe siècle sûrement.

Le mur en ruine sur lequel est construit le vieux moulin.
Le contrefort construit en même temps que le mur.
Le contrefort construit en même temps que le mur.
Haut du contrefort.
Haut du contrefort.

Autre mystère, l’arc dans le mur est du rez-de-chaussée de la meunerie. Quelle est son utilité ? Arc de décharge ? Il n’y a rien à porter de nos jours, qu’en était-il dans les siècles passés, nous n’en savons rien. Mais cette solution n’est pas convaincante.

L'arc visible dans le mur est de la meunerie, au rez-de-chaussée.
L’arc visible dans le mur est de la meunerie, au rez-de-chaussée.

Regardons-le de plus près. Son aspect n’est pas celui d’un arc destiné à soutenir une charge, il ressemble plus à une voûte en maçonnerie grossière comme on en retrouve dans les voûtains d’autres moulins ou dans les propres salles des maillets de Nouara.
Par ailleurs, il ne semble pas appuyé contre la maçonnerie du fond, mais aller au-delà. Le mur du fond marquerait donc une clôture à un espace qui semble se poursuivre… sous le talus, ou plus exactement la cour actuelle du domaine.
Avec moins de trois mètres de large, il ne peut s’agir d’une pièce. Serait-ce alors l’entrée d’une cave voûtée, d’une salle des maillets, d’une cuve, d’une niche ? Mmmh, mystère…! À voir plus bas.

Les pierres formant l’arc semblent aller au-delà du mur du fond. A noter la pierre taillée qui est une réutilisation de ce qui pourrait être le tailloir d’un chapiteau ou bien l’imposte (pierre sommitale) d’un piédroit maçonné d’un arc.

Passons ensuite au mur de la porte d’entrée très prometteur pour faire chauffer notre cerveau. Que dire des deux fenêtres, aujourd’hui bouchées, et que dire des trois grosses pierres bien saillantes qui ressemblent fort aux deux pierres visibles dans une des salles des maillets et destinées à supporter un canal d’alimentation en eau des creux de piles ? Cette partie aurait-elle pu à une période antérieure à la meunerie être une salle des maillets ? L’épaisseur des murs est suffisante, la superficie de la salle correspond à celle de la plus grande salle des maillets du vieux moulin.

Deux des grosses pierres ancrées dans le mur ouest de la meunerie, près de la machinerie au rez-de-chaussée.

Mais les deux fenêtres alors, qu’en penser ? Sont-elles des vestiges d’une bâtisse antérieure dont la destination n’était pas d’être un moulin à papier ? La baie la plus au fond ressemble à un soupirail en raison de sa taille et du dernier barreau restant. Elle est ancienne comme l’indique le biseau des pierres de son encadrement. Elle ouvrait sur l’extérieur et non sur une pièce car l’appentis date du XIXe siècle. Elle aurait donc pu éclairer une salle des maillets.
Quant à la seconde fenêtre, elle est postérieure et a pu être ouverte à une période où le moulin n’était plus un moulin mais un lieu d’habitation, pourquoi pas. Donc après la Révolution et avant la mise en place de la meunerie.

Fenêtre de la meunerie, au rez-de-chaussée, donnant maintenant sur un appentis. Elle fait penser à un soupirail.
Fenêtre de la meunerie, au rez-de-chaussée, donnant maintenant sur un appentis. Elle fait penser à un soupirail.

Dernier point avant l’implosion, la cour est a été largement rehaussée. Un témoin : ce soupirail qui éclairait une pièce de l’ancienne meunerie. Un sondage de 2 m par 2 m réalisé par les architectes en septembre dernier pour vérifier la possibilité de réaliser un aménagement a révélé d’une part que l’on trouvait du remblai sur au moins 1,50 m, et d’autre part, derrière la voûte mystère précédemment citée, des blocs rocheux qui pourraient être le fond d’une niche. Mais comme tout n’a pas été déblayé, faute de quoi le mur s’effondrait car constitué en fait d’une seule rangée de pierres, nous restons encore dans l’expectative…

Soupirail situé côté cour est au rez-de-chaussée de la meunerie. Le niveau s'est sensiblement élevé.
Soupirail situé côté cour est au rez-de-chaussée de la meunerie. Le niveau s’est sensiblement élevé.
Derrière le godet apparaissent deux blocs blancs, dont l'un présente une face lisse et se situe dans le prolongement d'une structure apparemment non naturelle.
Derrière le godet apparaissent deux blocs blancs, dont l’un présente une face lisse et se situe dans le prolongement d’une structure apparemment non naturelle.

Bref, désolée pour la migraine. Tout ici n’est qu’observation, déduction, supposition, mais une question a trouvé réponse, l’ancienne meunerie fut autrefois un moulin à papier. C’est déjà ça. À quand la machine à remonter le temps pour faciliter le travail des architectes et des archéologues, et valider leurs idées ? Ça serait sans doute plus reposant, mais bien moins palpitant !

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