La mode est au rouge à pois noirs

Et si nous revenions quelques instants au pays des tout petits, les insectes. Pas de cours d’entomologie, nous allons faire futile et la thématique sera la mode chez les insectes de tout bord. Plusieurs espèces semblent avoir décidé en effet de porter haut les couleurs vives contrastées de noir, une manière étonnante d’attirer sur elles l’attention lorsqu’on pense qu’elles auraient plutôt intérêt à se faire discrètes pour échapper à leurs détracteurs. Bien au contraire, en se montrant éclatantes, elles préviennent de leur caractère détestable, voire vénéneux, et déconseillent qu’on les approche. Soulignons que de petites futées font de même pour avoir la paix, alors qu’en réalité elles sont tout à fait fréquentables. Chapeau bas pour les stratégies.

Vue dorsale.

Prenons comme premier exemple la punaise arlequin, de son petit nom Graphosoma italicum, reconnaissable à son goût prononcé pour mélanger les rayures et les traits noirs sur sa robe rouge. En gros, vous la croisez de face, elle est couverte de points noirs, vous la suivez, son dos est rayé de noir et de rouge. Étonnant comme ce mélange, de prime abord difficile à porter, convient formidablement bien à ce petit être au caractère bien affirmé, et par certains côtés toxique ! Il est si confiant dans les avertissements lancés qu’il s’affiche avec ses congénères en des lieux où leurs costumes sont autant de taches de sang sur l’immaculé des scènes… « Prends garde à toi prédateur, sens ce qui t’attend ! »

Punaise arlequin, vue des flancs.

Autre modèle, bien connu, notre célèbre coccinelle qui aime varier ses robes mais reste toujours dans la thématique des points. La base est selon, noire, rouge le plus souvent, ou jaune. Quel que soit son choix, elle se fait remarquer et ne connaît que des amis. Pourtant, elle est de caractère irritable et aime elle aussi jouer avec les poisons. Mais elle est honnête et prévient les admirateurs trop empressés en leur servant un petit cocktail rouge-orangé suffisamment répulsif pour qu’ils passent leur chemin. Les fourmis ne s’y trompent pas et ne se frottent pas aux coccinelles, même lorsque celles-ci ont décidé de mettre à leur menu les élevages de pucerons de celles-là… Drôle de caractère donc qui pourtant, selon la légende, a sauvé la vie à un homme accusé de meurtre et condamné à avoir la tête tranchée alors qu’il clamait son innocence. Comment ? Et bien, au moment de l’exécution, une coccinelle n’a cessé de se poser sur le cou du condamné, gênant le bourreau qui cherchait à tout prix à la chasser. Le roi Robert II (972 – 1031) aussi appelé Robert le Pieux, y vit un signe divin et gracia le condamné. Bien lui en prit, le véritable meurtrier fut arrêté quelque temps plus tard. La coccinelle y gagna au passage son surnom de Bête à bon Dieu.

La Bête à bon Dieu, ou coccinelle à sept points.
La Bête à bon Dieu, ou coccinelle à sept points.
Autre espèce de coccinelle. Celle-ci mesure 2 mm environ.
Autre espèce de coccinelle. Celle-ci mesure 2 mm environ, est fortement poilue, voici la coccinelle à 24 points.
Cette grande coccinelle orange ne présente pas de point sur les élytres. Avec son W caractéristique entouré de blanc au-dessus de la tête (pronotum), voici la coccinelle asiatique.

Mais revenons à nos top-modèles de Nouara. Le dernier à vous présenter est le cas inverse des précédents, mais sans doute le plus rusé. Voici devant vous en toute simplicité Cercopis vulnerata ou Cercope sanguin, petite cigale appréciant les cieux plus ensoleillés du Midi. L’individu ici présenté a dû considérer que Nouara vaut bien Saint-Tropez, et bien lui en a pris car nous pouvons le mettre en valeur sous nos sunlights. Le dessin de la robe est ici plus complexe, points rouges certes mais aussi des taches, des courbes sur le dos, jouant de symétrie à partir d’une ligne centrale formée par les élytres, et suggérant un visage si l’on a un peu d’imagination ! Le côté face est plus classique, rouge et noire.

Le cercope sanguin.
Profil gauche d'un autre individu.
Profil gauche d’un autre individu.

Cette petite cigale qui se détache aisément sur les feuilles et tiges vertes qu’elle fréquente semble lancer un avertissement à ses admirateurs trop empressés : « Ma robe pique et vous regarde, passez votre chemin ! ». Et pourtant, Cercope est inoffensif, et possède un goût délicat pour ceux qui arrivent à l’approcher. Si tant est qu’ils le puissent, car à la moindre alerte, il joue le fils de l’air d’un bon formidable, surprenant les fâcheux, et s’envole dans son élan !

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