Le Grand Jacques

Au premier étage du bâtiment appelé meunerie, les quatre meules sont encore en place dans leur "meuble" ou archure. La trémie de la paire de meules de gauche est encore en place.
Au premier étage du bâtiment appelé meunerie, les quatre meules sont encore en place dans leur « meuble » ou archure. La trémie de la paire de meules de gauche est encore en place.

Nous n’allons pas nous attaquer ici à la biographie d’un monument de la chanson francophone, mais à celle d’un homme dont la légende s’est forgée au sein de son cercle familial.

Le Grand Jacques naît en 1844 dans une famille de paysans du Livradois descendant de bourgeois cultivés. De ce fait, il reçoit dans son enfance au moins des rudiments d’instruction, soit lire, écrire et compter. La situation de la famille est précaire, mais elle devient catastrophique lorsque le père, seul à travailler, meurt de maladie, et que sa mère, peu après la naissance de leur troisième enfant, décède elle aussi de chagrin et de maladie mêlés. Jacques étant l’aîné, il se retrouve à 12 ans chargé de famille avec seule une maison comme bien, pas de terre. Il devient commis cultivateur, puis à 15 ans quitte ce milieu pour entrer au service du comte de Châtelus à Job en tant que jardinier.

Cinq ans plus tard, Jacques quitte la douceur du jardin et l’ambiance feutrée de la bourgeoisie pour se lancer dans l’aventure de l’industrie, le monde moins routinier et plus dangereux qu’étaient à l’époque les chemins de fer. Après une année, en 1866, Jacques qui a mûri sait qu’il travaillera dans l’univers des machines et de la mécanique.

Son vœu est exaucé puisque la même année, il entre au service du Grand Tixier, personnage haut en couleurs d’Ambert, au moulin de La Ribbe-Haute en tant que commis. Il apprend le métier et en 1870 se voit confier les rênes du moulin. Il devient métayer d’un des plus gros moulins fariniers de la région d’Ambert. En 1871, Jacques se marie avec Marguerite Mathias, trieuse de chiffons dans une des papeteries de Laga.

Au rez-de-chaussée de la meunerie, le mécanisme d’entraînement des meules relié à la roue est encore en place.

En 1873, Jacques achète à Nouara plusieurs bâtiments, le manoir, une meunerie, et le petit moulin des Vernières au bas du domaine. Après avoir amélioré les mécanismes, le couple et ses trois enfants partent vivre à Nouara, pour prendre la direction du moulin à farine installé dans le plus ancien bâtiment du hameau. Le mécanisme et les meules encore en place de nos jours ont donc été installés par le Grand Jacques. Là, la famille fréquente les Faure, derniers papetiers de Nouara, les Mourgues, fabricants de lacets, les Lichnerovicz, propriétaires de la grange-étable, ainsi que d’autres entrepreneurs travaillant un peu plus loin leurs perles à chapelets sur leurs tours de précision, les Immarigeon. Certains de ces noms vous seraient-ils déjà connus ? Non ? Allez réviser dans la thématique « Histoire ». Faure et Lichnerovicz sont les descendants des Gourbeyre, la grande famille papetière de Nouara.

L'arbre du mécanisme de la meunerie sort encore malgré la destruction de la roue dans les années 1950.
L’arbre du mécanisme de la meunerie sort encore malgré la destruction de la roue dans les années 1950.

En 1888, Jacques s’engage dans une autre activité, celle de fabricant de perles de chapelet. Il vend ses possessions de Nouara et achète l’ancien moulin papetier d’Escalon situé sur le ruisseau de Valeyre, en aval du village, et le remet en état pour installer son outil de production. L’aventure va durer jusqu’en 1902, date à laquelle Jacques est victime d’un accident qui le rend incapable de poursuivre dans ce domaine de précision.

Jacques et Marguerite laissent en fermage leur usine à une de leur fille qui poursuit la production, et achètent un nouvel atelier à Pont-de-Chantemerle pour y installer une nouvelle affaire, une fabrique de tresses dont la production démarre en 1905.

À partir de 1926, le Grand Jacques cède la place à son fils Claude aidé par son propre fils Jacques qui a passé son enfance au sein des métiers à tresser.

En 1928, le Grand Jacques décède. L’usine de Pont-de-Chantemerle passe alors aux mains de Claude, puis ira dans celles de Jacques qui la cèdera à l’un de ses fils, Gabriel. Marie poursuivra la fabrique d’Escalon qui perdurera de nombreuses années encore.

Qui était donc le Grand Jacques ? Il s’appelait Jacques Omerin, il était l’arrière-grand-père de Michel Omerin fondateur du groupe Omerin Câbles en 1959, et l’arrière-arrière-grand-père de Xavier Omerin, PDG du groupe Omerin. Le fondateur et président de la Fondation Omerin, nouvelle propriétaire du moulin de Nouara.

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