Les moulins à papier d’Ambert

Des moulins à papier à Ambert ? L’information surprend toujours, comme si cette ville du Livradois-Forez était trop reculée pour avoir eu la chance de connaître un jour papier et crayons… (L’étonnement grandit lorsqu’on signale qu’elle est de nos jours une ville industrielle dynamique !)

Non, rien d’extraordinaire à la présence de moulins à papier à Ambert, d’autant qu’elle ne fut pas la première à en voir fleurir sur son territoire.

Des moulins ont existé dans le royaume de France dès 1348 à Troyes, grâce aux foires de Champagne, et à partir de 1354 dans les environs de Paris. Le papier de ces premières papeteries prendra peu à peu la place du papier italien qui eut le monopole pendant près de deux siècles.

En Auvergne, une première tentative se fait en 1402 sur la Tiretaine, mais le moulin s’arrêtera de tourner en 1417. Il faudra attendre 1450 pour que reprenne l’activité papetière en Auvergne, toujours sur la Tiretaine, à Chamalières. À cette même période apparaissent les premiers moulins de Thiers et d’Ambert. Tout comme en Bretagne où quatre moulins sont attestés. Le gros des troupes verront le jour au XVIe siècle un peu partout en France.

Ce qui est le plus étonnant, c’est la puissance prise par cette industrie, qui fera du Livradois le premier centre producteur du royaume de France.

Livre du XVIIIe siècle, édité à Paris, fabriqué avec du papier-chiffon vergé provenant d’au moins cinq papetiers d’Auvergne.

 

Page de titre, le papier-chiffon est « moyen », catégorie de qualité.

Les raisons sont multiples. Tout d’abord géographiques. Les montagnes entourant Ambert sont parcourues par une multitude de petits ruisseaux dont la force hydraulique fut utilisée de longue date pour faire tourner des moulins à farine, à huile, à draps, à fouler les peaux ou le chanvre, à parchemins… Certains des moulins à papier sont construits à partir de telles structures pour en réutiliser les mécanismes.

Ensuite, la ville de Lyon toute proche est en plein essor économique à partir de la deuxième moitié du XVe siècle. Ce qui va entraîner la création d’un vaste bassin d’échanges s’étendant sur les régions alentour. La création de l’imprimerie lyonnaise en 1472 fait suite à l’invention de la technique d’imprimerie à l’aide de caractères mobiles par J. Gutenberg, J. Fust et P. Schoeffer. Les besoins en papier se faisant de plus en plus sentir, les riches fabricants ambertois de parchemins, ou bien les riches marchands, créent des moulins à papier et se mettent à fabriquer. Le marché lyonnais va ouvrir les portes au Livradois bien au-delà de la région, pour les deux siècles à venir.

Quant au secret de la qualité du papier ambertois, il est encore bien gardé. Les papetiers ont toujours considéré et colporté que la qualité de l’eau, non calcaire, en était la seule responsable. Peut-être. D’autres soupçonnent l’utilisation de l’alun, bien connu des drapiers et des parcheminiers livradois pour blanchir les tissus et les peaux. Qui sait ?

Toujours est-il que l’industrie papetière auvergnate, notamment représentée par Ambert et Thiers, devient la plus importante du royaume et le restera jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, voire un peu au-delà. Nouara est l’une des plus grosses fabriques au XVIIIe siècle.

 

Filigrane d’une des pages : on peut lire : P « symbole » BERGER MOYEN. Le symbole est une fleur de lys qui caractérise le papetier Pierre Berger fils. Il travaillait au moulin Gourbeyre de Valcivières (au-dessus d’Ambert), qu’il avait en fermage. Daté de 1732.

 

Autre filigrane. Il s’agit de A « cœur » TAMIZIER M. Ce papetier était installé au moulin de La Forie.
Autre filigrane. Il s’agit de T « cœur » TAMIZIER M. Ce papetier était installé au moulin de La Forie.

 

Filigrane d’une grande famille de papetiers, parmi les plus anciennement installés, les Richard. Ici le filigrane de Claude Richard fils, reconnaissable à l’étoile et au croissant, qui fabriquait du papier au moulin Duprat à Job.
Filigrane d’une grande famille de papetiers, parmi les plus anciennement installés, les Richard. Ici le filigrane de Claude Richard fils, reconnaissable à l’étoile et au croissant, qui fabriquait du papier au moulin Duprat à Job.

Maintenant, pour qui voudrait découvrir le métier de papetier et la fabrication du papier chiffon, une adresse, le moulin Richard-de-Bas, dans la vallée de Laga, le seul moulin à papier encore en activité dans les trois vallées.

Lectures inspiratrices :
– M Boy et JL Boithias, Moulins, papiers et papetiers d’Auvergne, Editions des Monts d’Auvergne, 2014.
– PC REYNARD, Histoires de papier, la papeterie auvergnate et ses historiens, Presses universitaires Blaise-Pascal, collection « Etudes sur le massif Central », Centre d’Histoire « Espaces et Cultures », Clermont-Ferrand, 2001.

4 thoughts on “Les moulins à papier d’Ambert

  1. Bonjour,
    Parmi mes ancêtres, les Vimal possédaient des moulins non loin d’Ambert. Benoît II Vimal de la Forie, né en 1519, hérite avant 1557 d’une partie des moulins de Ribeyre, puis en fait construire le long du ruisseau de la Forie. Il exploite le filigrane BV de son grand-père, mis au point avant 1500. Il est possible que les Tamizier que vous évoquez aient hérité de certains de ces moulins.
    Merci pour votre bibliographie que je vais consulter.

    1. Bonjour,

      On trouve quelques mentions des Tamizier dans le livre de Boy et Boithias. Ils ont possédé le moulin de Bouy (Bouie) à La Forie. Vous trouverez aussi sans doute mention des Tamizier dans l’autre référence. Ce dernier ouvrage est disponible à la bibliothèque d’Ambert, le premier (Boithias et Boy) avait été volé, peut-être a-t-il été racheté.
      Ce sont des livres très fouillés, se replonger dedans régulièrement est nécessaire pour en apprendre toujours à chaque fois.
      Bonnes recherches…

  2. Bonjour merci pour vos informations très précise, informations pas facile à trouver sur internet.
    Mes origines familiales se trouvent tous du côté de Valcivières,Job et la Forie, parmi mes ancêtres se trouve un Damien Montgolfier papetier au moulin de Puy Besson situé à Job, n’étant pas sur place je voudrais savoir s’il existe encore une trace ou des ruines de ce moulin et qu’en est-il de tous les autres moulins se trouvant du côté de Valcivières?(mis à part le célèbre moulin Richard de Bas) car si cette région du Forez Livradois a été parsemées de moulins d’après les quelques recherches que j’ai faite (sur le web) il n’en reste visiblement plus beaucoup de traces.
    Cordialement

    1. Bonjour, de très nombreux moulins ont disparu, ou bien ont été réutilisés pour d’autres industries. Certains sont tellement transformés qu’on ne devine plus leur destination d’origine. Il en reste néanmoins suffisamment pour les découvrir le long du ruisseau le Batifol à La Forie et Valcivières (comme ceux de la Boule), ou bien à Ambert sur le ruisseau de Valeyre (moulin de Valeyre, les moulins du petit Vimal, Nouara, Richard de Bas, Longechaud, légat…) ou encore le moulin de la Grandrive sur le ruisseau de Grandrif, vers Chadernolles. Un chemin de randonnée découverte existe le long du ruisseau de Valeyre, « le sentier des Papetiers ». Et puis il subsiste les ruines, dans des hameaux, dans des bois, montrant que la montagne était bien plus habitée et « active » jusqu’au XXe siècle qu’elle ne l’est maintenant.
      Pour ce qui concerne le moulin de Puy Besson, le cadastre napoléonien (consultable en ligne, archives départementales du Puy-de-Dôme, Section G de la Tour-Goyon, 4ème feuille 1836 55 FI 500-, 1936), montre un moulin sur le Puy Besson. Vu la taille, sans doute s’agissait-il plutôt d’un moulin à farine. Aucune autre trace de moulin n’est visible. Bien cordialement

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